Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/255

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


INTRODUCTION ^.«»

��1" période. — corneille et richelibo. l'excuse a ariste.

Richelieu a-t-il été l'ennemi déclaré de Corneille et du Cidf Beaucoup l'affirraent, peu le nient catégoriquement ; les uns et les autres ne peuvent alléguer que des probabilités, sans apporter une certitude. Ce problème est un des plus difficiles à résoudre de notre histoire Httéraire, et sans doute il ne sera jamais résolu. La raison en est simple : tous deux, Corneille et Richelieu, avaient intérêt à ne se point déclarer publique- ment la guerre. Richelieu sentait bien qu'il ne pouvait, sans quelque ridicule, se montrer jaloux du poète dont il avait favorisé les débuts; Corneille comprenait le danger de renon- cer à une protection pesanle, mais nécessaire, qui, d'ailleurs, même après le Cid, ne lui fit pas défaut. De cette situation équivoque résulte le caractère équivoque de la querelle du Cid : le grand ministre n'y intervient que par de discrets intermédiaires; le grand poète feint de ne pas apercevoir le grand ministre derrière Scudéry, Mairet et Chapelain. De part et d'autre, on s'observe; de part et d'autre, on joue un rôle. Nous en sommes donc réduits aux conjectures.

Une de ces conjectures ne manque pas d'originalité, si elle manque de vraisemblance. M. Livet ne croit pas à l'hostilité de Richelieu contre Corneille. Pourquoi donc le cardinal en a-t-il appelé du jugement du public au jugement de l'Aca- démie? C'est quel'Académievenait précisément d'être fondée, que le Parlement hésitait à enregistrer les lettres-patentes qui l'instituaient, et que Richelieu, pour aviver le zèle de messieurs du Parlement, a voulu faire comprendre, par une démonstration pratique, l'utilité littéraire de la compagnie nouvelle. D'un seul coup la question est ainsi résolue, ou plutôt supprimée.

Sans aller si loin dans la voie d'un scepticisme ingénieux, on peut sourire des exagérations qui ont appelé des exagéra- tions contraires. Rien de plus mélodramatique que la page où Michelet raconte l'avènement du Cid, et transforme pres- que en révolution politique ce qui fut seulement une révolu- tion littéraire *. « Ce n'est pas un spectacle qu'on allait voir,

1. « Le Cid, présenté comme une imitation de l'espagnol, allait droit à U reine. Il fut représenté chei eU«, an Louvre. Riabeliea fut surpris. Cet incideat

�� �