Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/257

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INTRODUCTION 9»

que les lettres de noblesse données par la reine au père de Corneille, maître des eaux et forêts dans la vicomte de Rouen, aient été destinées, moins à récompenser vingt années de bons services qu'à honorer la gloire naissante du fils, on com- prend que Richelieu n'ait pas vu sans défiance un triomphe accueilli par Anne d'Autriche avec un si chaleureux enthou' siasme. Mais qu'il en ait voulu à Corneille d'avoir glorifié un héros espagnol, rien de moms vraisemblable. L'Espagne, comme l'Italie, fut longtemps en possession de fournir de héros le théâtre et le roman français. Un héros espagnol! Mais qu'on jette les yeux sur les innombrables tragi-comédies du temps; combien de héros on y trouvera qui viennent d'Es- pagne en droite ligne ! En ce sens on peut dire déjà qu'il n'y a plus de Pyrénées. Dans une pièce de Rotrou, Clorimand, venant au secours d'un prince espagnol attaqué, s'écrie :

��A moi. traîtres, à moi! C'est trop peu de courage Que d'attaquer un seul avec cet avantage, Quoiqu'encor le succès soit bien loin de vos vœux. Et qu'étant Espagnol, il en vaille bien deux *.

��Les Occasions perdues sont de 1631. Après comme avant, les exemples semblables abondent.

Si ce grief, inventé après coup, avait été sérieux dès lors, les historiens impartiaux de la querelle du Cid, comme Pel- lisson, à plus forte raison les adversaires de Corneille, les Mairet, les Scudéry, les Claveret, n'auraient pas manqué de le relever. Il n'apparaît nulle part, pas même dans leurs libelles, où sont entassés tant d'autres griefs ridicules.

La même remarque peut s'appliquer à un autre grief hypo- thétique, plus vraisemblable cependant, de Richelieu contre Corneille. Le poète imprudent — disent ceux qui connaissent mal l'extrême prudence et la finesse normande de Corneille — exaltait un duelliste, au moment même ofi le duel était frappé de peines si sévères. Nous avons dit ailleurs ^ quel attrait vivant d'actualité le duel du Cid ajoutait au drame. Soyons persuadés que Corneille s'en rendait fort bien compte. Seulement, entraîné lui-même par l'intérêt de l'intrigue qu'il nouait, des caractères qu'il opposait, des passions qu'il met- tait en jeu, il avait oublié parfois la mesure où la politique de Richelieu lui commandait de se tenir. C'est ainsi qu'il dut

1. Oeeasions perdues, V, 8. 1. Voyei plus haut. II, 1.

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