Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/258

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14 LE CID

supprimer ces vers hardis, où le comte repoussait avec hau» teur uu accommodement avec don Diègue :

Ces satisfactions n'apaisent point une âme : Oui les reçiiit n'a rien, qui les fait se diffame; Et de pareils accords l'effet le plus commun, Est de déstionorer deux liommes au lieu d'un '.

��Nul doute que de tels vers, si le poète les eût maintenus, n'eussent déplu à Richielieu, comme devait lui déplaire d'ail- leurs l'esprit de la pièce entière, ofi Iriomplie, en somme, moins le devoir que l'honneur. Gela dit, comment ne pas observer que le duel était un élément essentiel de la tragi- comédie telle qu'on la comprenait dans la première partie du XVI i« siècle, telle que Corneille lui-même l'avait comprise jusque-là? Il y a force duels dans Clitandre et dans beaucoup des premières comédies de l'auteur du Cid: rien n'y égale la susceptibilité du point d'honneur, la facilité avec laquelle on y tire à tout moment l'épée, avec ou sans « appel » en forme 2. Il y a plus de duels encore chez Rotrou et les autres contem- porains. Richelieu en a-t-il jamais pris alarme? Cette fois pourtant, le succès exceptionnel du Cid donnait aux témérités de la bravoure chevaleresque un éclat particulièrement dan- gereux. Il est difficile de croire que Richelieu ne l'ait pas senti, et, le sentant, n'en ait pas pris quelque ombrage.

Malgré tout, et sans nier absolument la réalité des causes politiques qui influèrent, dans une mesure qu'il est malaisé de déterminer, sur la conduite de Richelieu, nous avouons pencher du côté de l'explication la plus simple et la plus humaine, en tout cas la moins ambitieuse, celle de la jalousie littéraire, dont les grands hommes eux-mêmes ne sont pas exempts, dont Richelieu en particulier, tout nous le démontre, était susceptible. Ici se récrient les critiques dédaigneux qui refusent de voir les motifs futiles des grands événements, et vont chercher bien loin des motifs profonds, dont seraient étonnés peut-être ceux-là mêmes à qui ils les prêtent. M. Guizot écrit avec plus de solennité que de justesse :

« A la distance oh nous sommes des événements, il est dif- ficile d'assigner la cause qui engagea si violemment le car- dinal de Richelieu dans cette lutte contre l'opinion. De tous les motifs qu'on a pu lui supposer, le moins proballe es!

i. Le Cid, acte II, sn. 1. Variantes.

S. Voir Dotre^ étuAt («r les comédies de CoraeiUlt.

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