Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/261

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


INTRODUCTION H

le Cid a été représenté deux fois à l'hôtel de Richelieu', et Corneille peut dire à sa protectrice, sans exagération trop tlatteuse : « Je ne vous dois pas moins pour moi que pour le Cid. »

Est-il sûr, comme on le répète d'ordinaire, que lui-même ait perdu le fruit de cette utile démarche en faisant paraître sa hautaine Excuse à Ariste, et que lui-même il ait impru- demment attiré l'orage sur la tête? U Excuse à Ariste ne fut sans doute qu'une occasion, aussitôt saisie par des ennemi? qui en guettaient une et l'eussent trouvée tôt ou tard. Rien de plus obscur, d'ailleurs, que l'histoire de cette pièce célèbre, où le poète, après avoir refusé quelques couplets à un ami, le dédommage par des vers si cornéliens, trace fièrement son propre portrait, et donne de curieux détails sur les origines de son génie poétique. On ne sait, ni à qui elle est adressée, ni quand elle fut écrite, ni même quand elle fut publiée.

��Nous nous aimons un peu, c'est notre faible à tous :

Le prix que nous valons, qui le sait mieiix que nous?

Et puis la mode en est, et la cour l'autorise.

Nous parlons de nous-mêine avec toute franchise;

La fausse humilité ne met plus en crédit.

Je sais ce que je vaux, et crois ce quoQ m'en dit.

Pour me faire admirer je ne fais point de ligue :

J'ai peu de voix pour moi, mais je les ai sans brigue,

Et mon auibition, pour faire plus de bruit.

Ne les va point quêter de réduit en réduit;

Mon travail sans appui monte sur le théâtre :

Chacun en liberté l'y blâme ou l'idolâtre;

Là, sans que mes amis prêchent leurs sentimenti,

J'arrache quelquefois trop d'applauiiissements ;

Là, content du succès que le mérite donne,

Par d'illustres avis je n'éblouis personne :

Je satisfais ensemble et peuple et courtisans,

Et mes vers en tous lieux sont mes seuls partisans;

Par leur seule beauté ma plume est estimée :

Je ne dois qu'à moi seul toute ma renommée,

Et pense toutefois n'avoir point de rival

A qui je fasse tort en le traitant d'égal.

Mais insensiblement je donne ici le change.

Et mon esprit s'égare en sa propre louange;

Sa douceur me séduit, je m'en laisse abuser.

Et me vante moi-même, au lieu de m'excuser.

��!• ▼«yet le passage de la Lettre apologétique, p. 9t.

�� �