Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/265

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la brève durée de l’artion, limitée à vingt-quatre heures : « Dans le court espace d’un jour naturel, on élit un gouverneur au prince de Castille, il se fait une querelle et un combat de Rodrigue et du Comte, un autre de Rodrigue contres les Maures, un autre contre don Sanche ; et le mariage se conclut entre Rodrigue et Chimène. Je vous laisse à juger si ne voilà pas un jour bien employé, et si l’on n’aurait pas grand tort d’accuser tous ces personnages de paresse. » Invraisemblable, le Cid est de plus immoral, et va contre le but du drame, qui est d’instruire en divertissant : Chimène est « une fille dénaturée », une « impudique », un « monstre », et Scudéry s’étonne que l’impiété de cette Danaïde ne soit pas châtiée à nos yeux par la foudre. « La vertu semble bannie de la conclusion de ce poème : il est une instruction au mal, un aiguillon pour nous y pousser »; c’est « l’apologie » du vice. Il est vrai que Scudéry, pour les besoins de sa thèse, feint de croire que le mariage entre la fille du mort et le meurtrier est réellement conclu à la fin de la pièce.

Il manque de jugement en sa conduite. — Don Sanche joue le rôle d’un « pauvre sot » ; don Gormas est « un capitan ridicule », un « capitaine Fracasse », un Matamore, et Scudéry saisit ce prétexte pour réhabiliter le caractère espagnol, dont la cour offre un si illustre modèle : « Je parlerais plus clairement de cette divine personne, si je ne craignais de profaner son nom sacré, et si je n’avais peur de commettre un sacrilège en pensant faire un acte d’adoration. » L’infante n’est là que pour faire jouer la Reauchâteau. Dona Urraque, don Sanche, don Arias, ce ne sont là que des personnages épisodiques, fort inutiles à l’action principale. L’un après l’autre, tous les actes, même le troisième, « celui qui a fait battre des mains à tant de monde », sont passés au crible . Qu’est ce troisième acte, après tout? Un « méchant combat de l’honneur et de l’amour». Le galimatias de Chimène et l’impudence de Rodrigue révoltent l’honnête Scudéry ; il s’indigne que Corneille, en peignant don Fernand, n’ait pas respecté la personne sacrée des rois. Que penser de la seconde entrevue des deux amants, où Chimène « dit cent choses dignes d’une prostituée »?

Il a beaucoup de méchants vers. — Le poète parle souvent français en allemand, bien que la versification soit meilleure dans le Cid que dans les ouvrages du même auteur. Scudéry prouve, par raison démonstrative, que Corneille ne sait ni penser, ni écrire, ni même rimer; telle expression est impropre, ou hyperbolique, ou démodée, ou basse et populaire -,