Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/266

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M Lfi CID

telle autre n'est pas française, n'a point de sens, est du lan- gage de la chicane plus que du langage de la cour et de la poésie, car Scudérv a la prétention d'être, en même temps qu'im poète, un homme de cour, et il s'érige en dédaigneux arbitre du beau langage : « Cela ne vaut rien... cette phrase est extravagante. , . ce vers n'est pas loin du galimatias ». Le « lertile -> auteur d'Alaric reproche à Corneille sa « stérilité desprit »; le glorieux mousquetaire l'accuse de parler en bon bourgeois des choses de la guerre, qu'il ignore; le duelliste, de n'être pas homme d'éclaircissement ni de procédé; le savant universel, d'être aussi mauvais « anatomiste » que mauvais grammairien.

^Presque tout o; qu'il a de beautés sont dérobées.— Le Cid n'est qu'une traduction ou une paraphrase de l'espagnol ; et l'auteur se dit original! Par bonheur, Scudéry entend aussi 1 espagnol, et le prouve en accumulant des rapprochements que Corneille se donna le malin plaisir de rectifier et de com- pléter lui-même.

Qu'ainsi l'estime qu'on en fait est injuste. — La conclusion s'impose; Scudéry laisse au lecteur le soin delà tirer, et se borne à protester que l'envienera point faitécrire : «Je vous conjure de croire qu'un vice si bas n'est point en mon âme, et qu'étant ce que je suis, si j'avais de l'ambition, elle aurait un plus haut objet que la renommée de cet auteur. » Avec la même modestie, il confesse « ingénument » n'être point par- fait lui-même; seulement, il s'est cru « obligé de faire voir à l'auteur du Cid qu'il se doit contenter de l'honnetir d'être citoyen d'une si belle république, sans s'imaginer mal à pro- pos qu'il en peut devenir le tyran », C'est mettre Corneille en demeure de rester l'égal de Scudéry; mais qu'y pouvait Cor-

��neille?

��Il daigna répondre pourtant ; mais sa réponse est aussi brèv* et fière que le réquisitoire de Scudéry est diffus, pédan tesque et déclamatoire. On croirait entendre parler Rodrigue après don Gormas. La Lettre apologétique du sieur Corneille, contenant sa réponse aux observations faites par le sieur Saidéry sur le Cid est un chef-d'œuvre d'ironie cruelle ;<. chaque trait porte, et reste dans la blessure : « Tout ce que je puis dire, c'est que je ne doute ni de votre noblesse, ni de votre vaillance, et qu'aux choses de cette nature, où je n'ai pas intérêt, je crois le monde sur parole; ne mêlons pas de pareilles difficultés parmi nos dift'érends. Il n'est pas question de savoir de combien vous êtes plus noble ou plus vaillant que moi, pour juger de combien le Cid est meilleur que V Amant libéral. Les bons esprits trouvent que vous avez fait

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