Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/278

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104 LE GID

le suit pas à pas, « l'anatomie du poème ». S'efiforçant, mais sans y parvenir toujours, de tiiainlenir la balance égale entre le poète et « l'observateur », l'Académie approuve telle scène, improuve telle autre, relève don Sanche, mais critique les rôles d'Elvire et la « passion niaise » de l'infante, ne sait jamais admirer franchement et de plein cœur, se pose toutes sortes de questions puériles : comment Rodrigue peut-il par- venir jusqu'à Chimène sans être arrêté par les domestiques" pourquoi, au lieu d'offrir sa vie à Chimène, qui ne la prendr* pas, ne se donne-t-il pas la mort tout de bon? pourquoi 'm dit-il, « avec tant de rudesse » qu'il ne se repent point de ce qu'il a fait, au lieu de s'excuser « avec humilité » sur l'obli- gation où il était de venger son père? pourquoi Chimène, plus tendre que généreuse, ne soulient-elle pas stoïquement jusqu'au bout sa résolution de perdre Rodrigue et de mourir après lui? pourquoi, dans une seconde entrevue, renouveler le scandale delà première? « L'entretien qu ils y ont ensemble est si ruineux pour l'honneur de Chimène, et découvre telle- ment l'avantage que sa passion a pris sur elle, que nous n'es- timons pas qu'il y ait guère de chose plus blâmable en toute la pièce... Chimène y abandonne tout ce qui lui restait de pudeur. » Il est vrai qu'en celte scène la passion est « fort bien touchée effort bien conduite », mais l'Académie ne la loue que considérée « à part, et détachée du sujet », elle la blâme « comme faisant une partie essentielle du poème ». On le voit, toutes les critiques de détail reviennent à la même critique d'ensemble : si le sujet ne vaut rien, que peuvent valoir les scènes capitales où ce sujet, est développé dans un esprit que l'Académie désapprouve? Voilà pourquoi ce sont précisément ces scènes qui sont le moins épargnées. Toute cette partie théorique des Sentiments de l'Académie peut se ré- duire à la formule suivante : Il y a dans le Cid des beautés, sinon de composition, puisque l'unité de lieu j est partout violée, du moins d'expression et de forme; mais ce ne sont que des beautés épisodiques. Si Scudéry a eu tort de ne pas les reconnaître, il a eu raison de condamner le fond même du sujet

Rien de plus monotone que la seconde partie, consacrée à la critique du texte. Dans la première, l'Académie semblait se diriger d'après certains principes, empruntés pour la plupart aux livres, plus ou moins bien interprétés, d'Aristote, et an- nonçait même le dessein de publier un Art poétique, qui pût faire loi. Ici, elle semble distribuer un peu au hasard léloge et le blâme, tantôt approuvant ce que nous critiquons, tantôt critiquant ce que nous admirons le plus aujourd'hui. Telle

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