Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/280

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Scudéry avait portée, on mesurera le chemin parcouru depuis le début de la querelle. Que s'était-on proposé? D'anéantir la gloire naissante de Corneille. Et voici que l'Académie elle- même, séduite malgré elle, après beaucoup de vaines chi- canes, après s'être efforcée de montrer pourquoi, en vertu de» règles, le Cid ne devait pas plaire, reconnaissait qu'il plaisait pourtant, contre les règles; voici que les « doctes », tout comme les ignorants, se laissaient prendre à Vagrément inex- plicable du jeune chef-d'œuvre.

Les Sentiments de r Académie ont longtemps joui d'une for- tune littéraire faite pour surprendre. Pellisson, l'historien pré- venu de l'Académie, a raison de l'appeler une œuvre juste et impartiale, mais exagère l'indulgence lorsqu'il écrit : « Pour moi, je ne sais si les plus fameuses académies d'Italie ont rien produit de meilleur ou d'aussi bon en de pareilles ren- contres* .» Le neveu même du poète critiqué, Fontenelle, dit avec plus de mesure : « Cet ouvrage fut digne de la grande réputation de cette compagnie naissante 2. » Il faut citer sur- tout le jugement célèbre de La Bruyère :

« Quelle prodigieuse distance entre un bel ouvrage, et un ouvrage parfait ou régulier ! Je ne sais s'il s'en est encore trouvé de ce dernier genre. Il est peut-être moins difficile aux rares génies de rencontrer le grand et le sublime, que d'éviter toutes sortes de fautes. Le Cid n'a eu qu'une voix pour lui à sa naissance, qui a été celle de l'admiration; il s'est vu plus fort que l'autorité et la politique qui ont tenté vainement de la détruire; il a réuni en sa faveur les esprits toujours parta- gés d'opinions et de sentiments, les grands et le peuple; ils s'accordent tous à le savoir de mémoire et à prévenir au théâtre les acteurs qui le récitent. Le Cid enfin est l'un des plus beaux poèmes que l'on puisse faire; et l'une des meil- leures critiques qui ait été faite sur aucun sujet est celle du Cid 3. »

Nous sommes de l'avis de M. Géruzez : la phrase de La Bruyère vaut mieux comme antithèse que comme jugement. Et pourtant l'opinion de La Bruyère est la plus répandue au XVIII» siècle; 'Voltaire la reproduit, et va jusqu'à dire « que jamais on n'a jugé avec tant de goût*». Son disciple, La Harpe, qui d'ordinaire est l'écho docile du maître, se place à un poin' de rue plus vrai : « Les Sentiments de l'Académie sur le Cid te

��t. Biitoire de l'Académie française. t. Vie de Corneille.

3. La Bruyère : Des ouvrages de l'eipht,

4. Commentaires sur le Cid.

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