Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/285

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INTRODUCTION 1»

rrttres ». H ne serait pas juste de faire retomber sur Riche- !eii la responsabilité de cette déclaration ridicule.

Conieille, d'ailleurs, fut vengé du dédain de Boisrobert par l'estime hautement déclarée de Balzac, arbitre respecté if s contestations littéraires. Scudéry, qui cherchait partout desjîigr-s, voulant trouver partout des alliés, avait eu l'impru- dence de solliciter le jugement du solitaire de la Charente. Avec toutes sortes de ménagements, Balzac essaya de lui faire entendre « que c'est quelque chose de plus d'avoir sa- tisfait tout un royaume que d'avoir fait une pièce régulière «. « 11 y a, insinuait-il, des beautés parfaites qui sont effacées par d'autres qui ont plus dagrément et moins de perfection », et « savoir l'art de plaire ne vaut pas tant que savoir plaire sans art ». Sous la plume de Balzac, cet artiste de la période, ces avis ne laissent pas d'être piquants. Quelle fin, du reste, se demande-t-il ensuite, poursuit l'auteur dramatique? N'est- ce pas la satisfaction des spectateurs? En ce cas, Corneille a pleinement réussi, « il a mieux réussi que l'art même », puisqu'il est accusé par Scudéry « de charme et d'enchante- ment », puisqu'il a trompé toute la cour et tout le peuple, car « la tromperie qui s'étend à un aussi grand nombre de personnes est moins une fraude qu'une conquête ». La con- clusion n'est pas moins nette, malgré le balancement calculé des antithèses : « Ainsi, vous l'emportez dans le cabinet, et il a gagné au théâtre. Si le Cid est coupable, c'est d'un crime qui a eu récompense; s'il est puni, ce sera après avoir triomphé. »

Il fallait être Scudéry pour ne pas comprendre un tel lan- gage. Décidé peut-être à faire à tous bon visage, il garda « comme une relique », dit Chapelain, l'original de la précieuse lettre. Mais il témoigna la même reconnaissance à l'Aca- démie. S'il ne se croyait sincèrement vainqueur, il tenait à se donner les apparences de la victoire. Cette fois, il ne voulut voir que les critiques, et ne sentit pas qu'elles étaient toute.? effacées par un seul mot : « Considérez néanmoins, Monsieur, que toute la France entre en cause avec lui ». Toute la France! Boileau dira seulement « tout Paris » dans les vers que tout le monde sait par cœur :

En vain contre le Cid un ministre se ligue : Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue L'Académie en corps a beau le censurer, Le public révolté s obstine à l'admirer*.

1 Satire IX.

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