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116 LE GID

par l'ombre de son père, qui paraît offensée de son mariage avec le Cid, et toutes les nuits, ajoute-t-elle,

Me parle en son silence, et, triste, me reproche Un sentiment de ladre et une âme de rochie *. »

On le voit, ce qui a scandalisé ce juge des gahelles, après Scu- déry, c'est l'union entrevue, non pas réalisée, à la fin du drame cornélien. Il y a mis bon ordre, et par un remède héroïque : pour punir Chimène coupable, il a frappé Rodrigue.

La Suite et le Mariage du Cid ^, d'Urbain Chevreau, et La Vraie Suite duCid'^, de Desfontaines, sont un peu antérieures, et sont plus dignes, sinon d'arrêter longtemps notre attention, du moins d'exciter notre curiosité. Ecrites au lendemain même de la représentation du Cid, dans le but évident d'en exploi- ter le succès, elles ne réussirent pas, et ne pouvaient pas réussir. Ce fut pourtant un personnage en son temps que cet Urbain Chevreau, dont le Chevrœana ^ relate pieusement les actes et les paroles, et qui pouvait dépenser plus de soixante mille francs pour sa bibliothèque. Célibataire indépendant, voyageur infatigable, il allait de la cour de Christine, qui l'avait fait secrétaire de ses commandements, à la cour du roi de Danemark, ou de l'électeur palatin, père de Madame, dont il devenait le conseiller indispensable, pais revenait en France, où il fut successivement précepteur et secrétaire du duc du Maine, et où se révèle surtout son goût malheureux pour le théâtre^. Ce fils d'un avocat de Loudun, né en 1613, mort en 1701, dut peut-être à sa longévité autant qu'à sa con- fiance en lui-même l'étonnante réputation dont il jouit, et que ne lui méritèrent assurément, ni ses œuvres dramatiques, ni ses œuvres mêlées, profanes ou pieuses, ni ses livres à pré- tention plus haute, Tableau de la fortune, Histoire du monde. Fort avisé, il signa seulement d'un C sa tragi-comédie, pru- demment anonyme. C'était l'initiale du nom de Chevreau, mais c'était aussi celle de Corneille. Peut-être espérait-il qu'on s'y tromperait.

1. Parfaict, Histoire du théâtre françoi*, t. V, p. 364.

S. Paris, Toussaint Qiiinet, 1638.

3. Paris, Antoine de Sommaville, 1638.

À. Paris, Delaulne, 1697 et 1700, en deui parties, dédié à la duchesse de Lorraine,

5. Son Théâtre a été publié à Paris de 1637 à 1641, en in-12 et in-i". Il com- coraprend : La Suite et te Mariage du Cid, tragi-comédie, 1637. — L'Av»eat dupé, comédie, 1637. — La Lucrèce romaine, tragédie, 1637. — Coriolan, tra- gédie, 1638. — Les Deux Amis, tragi-comédie, 1638. — L'Innocent exilé, tragédiie, 1640. — Le* Véritables Frères rivaux, tragi-comédie, 1641.

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