Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/302

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1S9 LE CID

tacle «Dites-moi, que veut un Corneille dans son Cid, sinon qu'on aime Chimène, qu'on l'adore avec Rodrigue, qu'on tremble avec lui lorsqu'il est dans la crainte de la perdre, et qu'avec lui on s'estime heureux lorsqu'il espère de la pos- séder? »

A ces critiques mesquines on préfère encore les critiques pédantesques de l'abbé d'A.ubignac. Le fougueux adversaire de Sertorius et à'Œdipe n'est pas, en somme, trop défavorable au Cid. Il prétend, sans doute, que « la pièce n'est pas finie * », mais volontiers il tempère le blâme par l'éloge : « Il n'y a point d'apparence que Rodrigue, tout sanglant du meurtre du père de Chimène, aille rendre visite à cette flUe, ni qu'elle la reçoive; et néanmoins leur conversation est remplie de si iDeaux sentiments que plusieurs n'ont pas connu ce défaut, et que ceux qui l'ont reconnu l'ont toléré... Quand don Sanche apporte son épée à Chimène, il ne doit pas souffrir qu'elle s'emporle à de longues plaintes par la fausse croyance que Rodrigue est mort, dont il la peut dé- tromper par une seule parole ; mais ce qu'elle dit est si agréable qu'on ne voudrait pas que don Sanche fût plus pru- dent et qu'il eût fait perdre un si beau discours... Les stances de Rodrigue, où son esprit délibère entre son amour et son devoir, ont ravi toute la cour et tout Paris ^. » Voilà le mot juste : tout un siècle a été ravi par le Cid; tout un siècle a aimé en lui le souvenir de sa brillante jeunesse.

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LB CID AU XVIII" 3IÊCLK.

A mesure que ce souvenir s'efface et qu'un «ouvel âge com«  mence, les beautés touchent moins une génération qui ne st reconnaît plus en ce tableau héroïque, les défauts s'accusenv davantage. Après Fénelon % qui appartient déjà au xyiii» siè- cle. les critiques du xvm^ siècle proprement dit n'admirent plus qu'avec toutes sortes de réserves. Voltaire amoindrit Corneille, sous prétexte de le commenter, s'applique à signaler ses em- prunts, souvent imaginaires, et pourtant, commençant par

1. Pratique du théâtre, 11,9.

i. Ibid., IV, 2; IV, 4.

I, Lettre A l'Académie, ch . de la tragédi*

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