Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/303

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INTRODUCTION 129

le Cid son commentaire des chefs-d'œuvre, dans cette lune de miel de l'éditeur, est indulgent encore au poète. Son dis- ciple Vauvenargues ne pardonne pas si aisément à ce qui choque sa délicatesse trop irritabk *. L'opinion se répand que Corneille est un bien vieux poète, presque un barbare, presque un Shakspeare (c'est tout dire alors), et qu'il convient de lui préparer un habit décent pour le présenter dans le monde. Par exemple, le soufflet reçu par don Diègue est bien brutal ; on l'a remplacé d'abord par un geste menaçant de don Gormas, un gant à la main; maintenant don Gormas, plus civilisé, se contente d'effleurer de son gant le bras de don Diègue. Le cri célèbre ; « Paraissez, Navarrais, etc., » paraît trop emphatique; on le supprime. On corrige, on coupe, et, qui pis est, on ajoute.

Le premier profanateur fut J.-B. Rousseau : pendant son exil de Bruxelles, il publia une « restitution » du Cid. Jugeant inutile le rôle de l'infante, il l'avait coupé purement et sim- plement; cette coupure en entraînait d'autres, fort considé- rables; ainsi disparurent les rôles de Léonor et du page, et les parties du rôle de Chimène où celle-ci parle à l'infante, soit 7 scènes et 350 vers. Il n'en avait coûté, observait naïve- ment Rousseau, que quatre vers de supplément. « Au deuxième acte, c'est en tête de la scène entre don Fernand, don Arias et don Sanche, que se place, assez gauchement, la liaison ajoutée par l'éditeur :

Quoil me braver encore après ce qu'il a faiti Par la rébellion couronner son foriait!

Enfin, au commencement de la dernière scène de l'ouvrage, ces deux vers dits par l'infante:

Sèche tes pleurs, Chimène, et reçois sans tristesse Ce généreux vainqueur des mains de ta princesse,

sont remplacés par ceux-ci, que prononce don Fernand :

Approche-toi, Rodrigue, et toî, reçois, ma fille. De la main de ton roi, l'appui de la Castille».

1. Voyez Vauvenargues, Bé flexions critiques sur quelques poètm, i- Notice de l'édition Marty-Laveaux. t, III. d. 50.

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