Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/308

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134 LE CID

sait point à couvrir ces timides audaces. Au point de vue poli- tique, bien des vers étaient dangereux, celui-ci, par exemple, que retrancha prudemment la censure :

Jamais ne doit faillir la parole d'un roi.

Gïâce à l'intervention de Chateaubriand, Lebrun fut uuitte pour un peu plus de trois cents vers supprimes. Cette économie forcée le dégoûta pour jamais du théâtre. bien que son drame eût réussi. Dans une préface assez amère, où il met le public au courant de ses épreuves, il reconnaît loyalement les ressemblances qu il est facile de constater entre \e Cid et le Cid d'Andalousie : ici comme là c'est à SéviUe que la scène est pacee; ici comme là' il s'agit d'un mariage rompu par un duel nécessaire : ici comme là, enfin, une .jeune fille se voit C9ntrainte par le point d'honneur de demander la mort de celui quelle aime, beule- meni le drame moderne fait intervenir le personnage nou- veau 'd'un jeune prince amoureux. Epris de la charmante Fstrelle ^œurdedon Bustos, fiancée de don Sanche, le roi de Casti'lle s'introduit de nuit che* elle ; il y est surpris par don Bustos, qui feint de ne pas le reconnaître refuse de croire don Elias, qui nomme le roi, proteste au nom du roi lui-même, et frappe son indigne souverain du plat de son epée. Dans sa colère mêlée de honte, le roi commande a don Sanche de provoquer et de tuer Bustos ; don Sanche hésite, puis obéit. Pendant ce temps, tout entière aux apprêts de son mariage, Estrelle joyeuse attend son fiancé; cest le cadavre de son frère qu'on lui apporte. Don Sanche se révèle Im-meme 1 assa- sin : elle s'évanouit, mais bientôt reprend conscience de son devoir, revêt des habits de deuil, et court aux pieds du roi pour lui demander justice :

Sire, pardonnez-tDoi, si, seule devant vous, J'ose venir, tombant à vos sacrés genoux, Obscurcir de mon deuil la splendeur où vous «tes, El d'une temme en deuil importuner vos fêtes... Le devoir qui m'amène est un devoir sévère... J'ai perdu frère, époux, famille; seule ^u monde, Seul»^ avec ma douleur incurable et profonde, Seule avec le devoir qu'impose un noble nom, Et le soin de venger rtiouneur de ma maison. Sire, par cet honneur qui veut un sacrifice, Je viens du meurtrier vo'is demander justice.

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