Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/322

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{48 LE CID

sions faire ainsi que les philosophes, qui le tirent cnacur. a lenr parti dans leurs opinions contraires ; et comme c'est an pays inconnu pour beaucoup de monde, les pius zélés partisans du Cid en ont cru ses censeurs sur ieur parole, et se sont imagme avoir pleinement satisfait a toutes leurs objections, quand ils ont soutenu qu'il importait peu qu'il fût selon les règles d'Arislotpi, et qu'Aristote en avait fait pour son siècle et pour les Grecs, et non pas pour le nôtre et pour des Français. rette seconde erreur, que mon silence a affermie, n est pas mniis injurieuse à Aristote qu'à moi. Ce grand homme a traité la poétique avec tant d'adresse et de jugement, que les pré- ceptes qu'il nous a laissés sont de tous les temps et de tous les peuples • et, bien loin de s'amuser au détail des bienséances et des agréments, qui peuvent être divers, selon que ces deux circonstances sont diverses, il a été droit aux mouvements de l'âme dont la nature ne change point. U a montre quelles passions la tragédie doit exciter dans celle de ses auditeurs ; il a cherché quelles conditions sont nécessaires, et aux per- sonnes qu'on introduit, et aux événements qu'on représente, pour les y faire naître ; il en a laissé des moyens qui auraient produit leur effet partout dès la création du monde, et qui seront capables de le reproduire encore partout, tant qu il y aura des théâtres et des acteurs; et pour le reste, que les lieux et les temps peuvent changer, il l'a néglige, et n a pas même prescrit le nombre des actes, qui n a été règle que par Horace beaucoup après lui «. _

Et certes ie serais le premier qni condamnerait le ttd, s U péchait contre ces grandes et souveraines maximes que nous tenons de ce philosophe; mais, bien loin d en demeurer d'accord, i'ose dire que cet heureux poème na si extraordi- nairemeAt réussi que parce qu'on y voit les deux maîtresses conditions (permettez-moi cette épithète) que demande ce CTand maître aux excellentes tragédies, et qui se trouvent si Rarement assemblées dans un même ouvrage, qu un des plus doctes commentateurs ^ de ce divin traite qu il en a tait, sou- tient que toute l'antiquité ne les a vues se rencontrer que dans le seul Œdipe. La première est que celui qui souffre et est persécuté ne soit ni tout méchant ni tout vertueux, mais un homme plus vertueux que méchant, qui, par quelque trait de faiblesse humaine qui ne soit pas un crime, tombe dan»

1 Sur ces prétendues règles d'Mislote, royei l'Introduction, II. 8.

\' n^tVklhorZV'^ en 1548, donna à Florence un. éditi.. d. h Poétique d'Aristote, »tsc plusieurs disserUtions crittauei.

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