Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/33

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ÉTUDE D'ENSEMBLE xix

Nous savons, par lea pièces liminaires de la Veuve, quel cas il faut faire de ces attestations complaisantes, et nous sommes per- suadé que Corneille eût été désolé qu'on le crût à la lettre. Mais, enfin, do tels vers prouvent assez que Corneille, soit par diplo- matie, soit par générosité d'âme, savait pratiquer le pardon des injures, car il n'avait plus peur de Boisrobert, désarmé par la mort de Richelieu. Il vivait donc en bonnes relations avec ce monde des gens de lettres, dont il avait eu si peu à se louer. Il s'efforçait de leur plaire, et sollicitait leurs conseils, sauf à ne pas les suivre.

Mais avant tout, suivant la doctrrn* qu*îl expose si magistrale- ment dans la préface de la Suivante, il voulait plaire au public. Or l'arbitre du goût public à cette époque, c'était l'hôtel de Rambouillet. On peut ne pas accepter sans réserves la tradition relative à la lecture de Polyeucte devant les habitués de l'hôte de Rambouillet et aux incidents qvù la suivirent. Mais il est cer- tain que, dès cette époque (1643) et même dès 1641, Corneille était UQ des poètes familiers du salon bleu. C'est en 1641, en effet, que Julie d'Angennes trouva sur sa toilette, à son réveil, le premier jour de l'année, le manuscrit richement enluminé et relié, où chaque feuille de vélin portait, au bas d'une fleur peinte en miniature, un madrigal qui décrivait et vantait la fleur. De toutes ces fleurs et de tous ces madrigaux se composait ce qu'on appela la Guirlande de Julie. Corneille était des poètes qui furent xîonviés à la tresser. Des six madrigaux que M. Taschereau lui attribue, sur le lis, la fleur de grenade, l'hyacinthe, la tulipe, la fleur d'orange, l'immortelle blanche, ces trois derniers seulement semblent être de lui. Rien, d'ailleurs, ne les distingue des autres : dans ces courtes pièces, dont la grâce légère est l'unique attrait. Corneille est plutôt inférieur aux Desmarets et aux Conrart, préci- sément parce qu'il leur est supérieur par le génie. Sa bouche tragique se plie mal à des accents moins fiers et laisse parfois Okème échapper quelque alexandrin superbe, égaré dans un madrigal :

On ne peut nommer beau ce qu'efface le temps '.

Le temps n'a laissé subsister qu'un vague souvenir de î? '?«»>- 1. V Immortelle blanche, madrigal

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