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ACTE I, SCÈNE II 169

El si ma passion cherchait à s'excuser, 95

Mille exemples fameux pourraient l'autoriser ;

Mais je n'en veux point suivre où ma gloire s'engage;

Si J'ai beaucoup d'amour, j'ai bien plus de courage,

Kt je me dis toujours qu'étant fille de roi,

fout autre qu'un monarque est indigne de moi. 100

Quand je vis que mon cœur ne se pouvait défendre,

Moi-même je donnai ce que je n'osais prendre.

le mis, au lieu de moi, Chimène en ses liens, ■

Et j'allumai leurs feux pour éteindre les miens.

Ne t'étonne donc plus si mon âme gênée i05

Avec impatience attend leur hyménée :

Tu vois que mon repos en dépend aujourd'hui.

Si l'amour vit d'espoir, il périt avec lui :

C'est un feu qui s'éteint faute de nourriture.

Et, malgré la rigueur de ma triste aventure, liO

Si Chimène a jamais Rodrigue pour mari,

Mon espérance est morte et mon esprit guéri.

��97. Ma gloire, mon orgueil à la fois et mon honneur, le sentiment que j'ai de mon devoir. Chimène et l'infante, comme la plupart des héroïnes cornéliennes, useront et abuseront de ce beau mot. Voyez les v. 1682, 1711, 1766, 1797, 1817. — S'engage, soit engagée, compromise. Ce mot, suivant l'Académie, ne dit pas assez pour signifier ma gloire court fortune. Cependant, observe M. Godefroy, on a dit excellemment, et d'une manière tout à fait analogue, à l'actif, avec le ■ens d'intéresser :

Un cosar qai noos oublie engage notre gloire- (Molière, Tartuffe, II, 4.) Engageons sa verta, ménageons sa fierté. <Qainaalt. Pauaaniat, II, S.)

11 est superflu de faire remarquer combien ce langage est froid et quintessen- dé. C'est le langage de la galanterie alors à la mode : Camille, Emilie, parfois ■éme Pauline, parleront ainsi.

98. Var. Si j'ai beaucoap d'amonr. j'ai bien plus de conrage. (1637-66.)

Courage, chez les tragiques, est synonyme de cœur : Corneille oppose l'&me wn ■ens, le dedans au dehors, comme il dira lui-même dans Polyeucte.

99. Vor. Un noble orgaeil m'apprend qn'étant fille de roi... (1637-66.) Var. Un noble orgneil m'apprend qa'étant fille da roi... (1639-44.)

102. Comment peut-on donner ce qu'on n'a pas? Mais, encore une fois, l'in- fante est généreuse avec le bien d'autrui.

i05. Gêner, c'est proprement mettre à la gêne, à la torture : « C'est trop ma gêner; sarle, » dit énergiquement Emilie à Cinna (111, 4). Le verbe gêner comme Te mot g&ne, a perdu aujourd'hui beaucoup de sa force.

108. Var. Si l'amour vit d'espoir, il meart avecque lai. (1637-66.)

UO. Ma triste aventure, encore un mot dont l'énergie primitive s'est consit dérablement affaiblie. En des circonstances plus tragiques, Félix ne craint pas de l'employer :

No«> antrw, béniMona notre baorwue avenlure. (Polyeuete, 1811.)

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