Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/352

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


178 LE CID

D. DIÈGUE.

Le Roi, quand il en fait, le mesure au courage.

LE COMTE.

Et par là cet honneur n'était dû qu'à mon brat.

D. DIÈGUE.

Qui n'a pu l'obtenir ne le méritait pas.

LE COMTE.

Ne le méritait pas 1 Moi ?

D. DIÈGUE.

Vous.

LK COMTE,

Ton impudence, 225

Téméraire vieillard, aura sa récompense.

(Il lui donne un soufflet.)

D. DIÈGUE, mettant Vépée à la main.

Achève, et prends ma vie après un tel affront, Le premier dont ma race ait vu rougir son front.

222. Var. Le Roi, qaand il en fait, les mesnre au coarage. (1648-66.) 224. Ne le méritait pas. Ce mot un peu vif, qui, il faut l'avouer, n'est pas dans l'espagnol (on sait que chez Castro la querelle s'engage dans le Conseil nêrae du roi), nous gâte un peu la fierté jusqu'alors sereine de don Diègue, et ( le tort de provoquer l'affront que don Diègue recevra.

226. « On ne donnerait pas aujourd'hui un soufUet sur la joue d'un héros. Les acteurs mêmes sont très embarrassés à donner ce soufllet ; ils font le sena- blant. » (Voltaire.) Tant pis pour les acteurs ! Que nous importe, après tout, que ces acteurs trop délicats pour donner ou recevoir un soufQet, aient adouci ou même supprimé le geste compromettant, que les uns se soient contentés de menacer don Diègue du bout de leur gant, que les autres, d'un tempérament plus rassis encore, en aient simplement effleuré son bras? Si le soufflet n'est pas donné, et donné franchement, on ne comprend, ni l'ironie insultante du comte, ni le désespoir de don Diègue, ni le ressentiment avec lequel il parle à son fils de cet « affront si cruel », de ce « soufflet » (car il appelle, lui, les choses par leur nom), ni sa joie triomphante, lorsqu'enfin ▼eagé, il s'écrie:

Viens baiser cette joue, et reconnais la place

Où fut empreint t'a/front i|oe ton coarage efi'ace. (UI, 6.)

228. « Je trouve que << le front d'une race >> est une assez étrange chose ; il ne fallait plus que dire » les bras de ma lignée n, et « les cuisses de ma posté- rité, n (Scudéry.) L'Académie donne raison à Scudéry ! « Pourquoi, répond Voltaire, si on anime t.iut en poésie, une race ne pourra-t-clle pas rougir? pourquoi ne pas lin ilonner un fiMut diniinc des sentiments ? » Il n'est donc pas besoin de voir, avec .M. Aune Martin, dans ma race une ellipse pour: un homme de ma race. Ce qui fait la beauté du vers cornélien, c'est précisément fu'à son déihoDoeur don Diègue associe celai de f« race tout entière, de t»

�� �