Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/354

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i80 LE CID

Tant de fois affermi le trône de son roi,

Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi?

cruel souvenir de ma gloire passée! 245

Œuvre de tant de jours en un jour effacée !

Nouvelle dignité fatale à mon bonheur!

Précipice élevé d'où tombe mon honneur!

Faut-il de voire éclat voir triompher le comte,

Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte? 250

Comte, sois de mon prince à présent gouverneur :

Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur ;

Et ton jaloux orgueil, par cet affront insigne,

Malgré le choix du Roi, m'en a su rendre indigne.

Et toi, de mes exploits glorieux instrument, 255

Mais d'un corps tout de glace inutile ornement.

Fer jadis tant à craindre, et qui dans cette offense

M'as servi de parade et non pas de défense.

Va, quitte désormais le dernier des humains.

Passe, pour me venger, en de meilleures mains. 260

��244. Trahit ma querelle, fait détaat n ma cause, manque à ma défense. Querelle a souvent ce sens chez les tragiques ; voyez le vers 1443.

Tons en ce même Jonr lont morts ponr sa querelle. {Horace, 1707.)

Voilà donc qnels TeafOTn l'armeot poarta querelle !

(Racine, Athalie, 1118.)

ÎW. « Triompher de l'éclat d'une dignité, ce sont de belles paroles qui n«  signifient rien. » (Académie) « N'est-il pas permis, en poésie, de triompher de l'éclat des grandeurs? » (Voltaire.)

251. Sur ce mouvement, voyez l'Introduction, I, 5.

254. La brutalité du comte a donc suffi pour rendre ce vieillard indigne de la charge à laquelle il se reconnaissait tout à l'heure tant de titres ! Ainsi le veut cette religion de l'honneur, étrangement délicate, dont il est un dévot.

255. Dans l'espagnol, don Diègue n'a point d'épée, mais un simple bâton, qu'il brise dans son indignation, et c est à ce bâton qu'il s'adresse : « Va-t'en, bâton brisé, qui n'as pu servir de soutien ni à mon honneur, ni à ma colère ! »>

256. Tout de glace, voyez la note du vers 209.

258. Parade se dit de ce qui pare et ne sert pas :

Ceai servira donc de moncboir de parade. {Suivante, 466.)

259. Peut-il vraiment croire qu'il soit « le dernier des humains » parce qu'il n'a pu châtier un insolent? Ces exagérations pourtant sont des traits de carac- tère, et tiennent à la haute idée que se fait de l'honneur ce chef de famille.

260. Var. Pusse, pnar me venger, en de meilleures mains.

Si Rodrigue est mon flis. il faut qne l'amour cède. Et qa'ane ardeur plus hante à sa flamme r^accède : Mon honneur est le sien, et le mortel aifroot Qai tombe sar mon chef rejaillit sur son front. (1C37-E6.)

Qui n'admire avec quel sens profond de l'effet dramatique, ici comme à la fin de la scène précédente, Corneille a retranché les vers qui faisaient longueur. A quoi bon ces transitions froides? Le Rodrigue, a$-tu du cœur sera b;en plu* laiiissant s'il n'ast pas annoncé d'avaaca»

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