Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/370

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LE COMTE.

Jeune présomptueux !

D. RODRIGUE.

Parle sans t’émouvoir. Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées 40^ La valeur n’attend point le nombre des années.

LE COMTE.

Te mesurer à moi! Qui t’a rendu si vain, Toi qu’on n’a jamais vu les armes à la main?

D. RODRIGUE.

Mes pareils à deux fois ne se font pas connaître,

Et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître. 410

LE COMTE.

Sais-tu bien qui je suis ?

D. RODRIGUE.

Oui ; tout autre que moi Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d’eflfroi. ^

405. Aux âmes, dans les âmes ; au vers i 100, à sera pris encore dans ce sens. — Bien nées, généreuses, car généreux (genus, generosus, févo?, i\i-;évT[f), c’est tout i la fois à l’origine l’hoiiirae de grande naissance et de grand cœur.

406. La valeur n’attend pas le nombre des années. (1637, n. 13 et 38.)

Du Vair, cité par M. Marty-Iiaveaux, dit dans sa quatorzième Harangue funèbre : « La vertu aux âmes héroïques n’attend pas les années; elle fait ses progrès tout à coup. » Corneille s’est-il souvenu de Guillaume Du Vair? Il avait plutôt sous les yeux le Romancero, où, dans cette même situation, Rodrigue n’hésite pas davantage : « 11 s’inquiète de sa jeunesse, car, dès l’enfance, le vaillant hidalgo est tout préparé à mourir pour les occasions d’honneur. C’est ce que Corneille lui-même redira plus tard en ce beau vers :

Le corps attend les ans, mais l’âme est toute prête. {Attila, 581.)

« Les enfants des dieux, pour ainsi dire, se tirent des règles de la nature et en sont comme l’exception : ils n’attendent presque rien du temps et des années. Le mérite devance l’âge. (La Bruyère, Du mérite personnel.)

ÀXn. Yar. Mais t’attaquer à moi ! qui t'a rendu si vain? (1637-56.)

410. Ce sont des coups d’essai, mais si grands que peut-être

Le Capitole a droit d’en craindre an coup de maître, {tficomide, 920.)

Voos n’avez entendu jamais rien de charmant

Comme ce monsieur Tallemant. Cest la piemièie fois ijn il entre dans la chaire.

Mais Corneille, qui l’entendit

Prèctier en houiiue exir’onlinaire. Dit pour lai ces deux vers que le Cid avait dit : Qa’à deux fois tes pareils ne se font pas connaître. Et pour lears coups d’e.~sai veulent des coups de maître.

(Subligny, Muse Dauphine, 1667, p. W.)

«IX. Au seul bruit de ton nom, au seul bruit que fait ton nom, au seul retea-