Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/372

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IM LE CID

��430

��Je ne me trompais point au choix que j'avais fait.

Mais je sens que pour toi ma pitié s'intéresse;

•'admire Ion > oiira^'e, et je plains ta jeunesse.

.Ve cherche point à faire un coup d'essai fatal;

Dispense ma valeui- d'un combat inégal ;

Trop peu d honneur pour moi suivrait cette vicloire :

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

On te croirait loujours abattu sans effort, 435

Et j'aurais seulement le regret de ta mort.

D. RODRIGUE.

D'une indigne pitié Ion audace est suivie :

Qui m'ose ôter l'honneur craint de m'ôter la vie?

LE COMTE.

Retire-toi d'ici.

D. RODRIGUE.

Marchons sans discourir.

4J8. Au choix: ici encore, comme au vers 405 et 419, à équiraut à dans.

429. « La plupart des acteurs qui disent ce rôle ne paraissent gnère s'aperc*- Toir de cette modulation exquise, qui, as milieu même du grand duel héroïque, ramène pour un moment le ton moyen de 1» tragi-comédie. On devait sentir que le comte, q<ii allait donner sa fille à Rodrigue, est ravi au fond, tout en étant provoqué par lui, de le trouver si noble et si généreux; et la preuve, c'est qu'après avoir essayé d'éviter ce duel, lui, guerrier illustre, qui n'est pas sus- pe'-t, acceptant enfin le cartel quand Rodrigue l'a poussé à bout, il ne peut s'emjiP'her de l'aiiprouver. De grand cœur il l'embrasserait avant de croiser le fer avec lui. » (Dfsrhanel, ie romantisme des classiques.)

On a déjà vu ^'intéresser contre, prendre parti contre; s'intéresser pour est donc tout naturel, mais a vieilli.

Je seni <léjà mon cœar qai pour lai t'intéresse. {Polyeucte, U, 4.)

Mon coenr, mon Iftcbe cœar s'inUresse pour lai.

(Racine, Andromaque.V. 1.)

434. A vaincre. Sur cette tournure, voyez la note du vers 5. « Corneille, dit M. Marty-Laveaux, se rappelle sans doute ici ce passage de Sénèque : « Igno- miniara |udicat gladiator cum inferiore componi, et scit eum sine gloria vinci qui sine periculo vinfitur. » (De Providentia, cap. m). Plus tard, dans son Ariiiinius, représenté en 1642, et imprimé seulement en 1644, Scudéry a repro- duit presque textuellement (act. I, se. 3), le vers de Corneille :

Les làrlies sealement dérobent la victoire,

Et vaincre sans p6ril serait vaincre sans gloire,

et, par une singulière erreur, plusieurs critiques, confondant les datai, ouf voulu, à cette occasion, faire de Corneille un plagiaire de Scudéry. Dana i'illu •ion comique (III, 10), Matamore dit à son valet, qui le provoque :

Ecoute, je sois bon, et ce serait dommage De priver l'univers d'an homme de coarage.

La situation est comique dans Vlllusion, car Matamore a peur; mus VIllusioK a été représentée la même année que le Cid, et ce n'est pas le seul rapport qu'on puisse signaler entre ces deux .ièc«a inésalei.

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