Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/400

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Dont s'est armé Rodrigue, a sa trame coupée.

Pleurez, pleurez, mes yeux, e( fondez- vous en eau!

La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau, 800

Et m'oblige à venger, après ce coup funeste,

Celle que je n'ai plus sur celle qui me reste.

ELVIRE.

neposez-vous, Madame.

CHIUÈNE.

Ahl que mal à propos Dans un malheur si grand tu parles de repos!

vous déplaisait tant, après que la première épée de Rodrigue ne vous a jamaii déplu. Pour moi, je tiens qu'il n'y aurait plus moyen de faire des vers, si des métaphores aussi simples, aussi claires, n'étaient pas permises. «[(Voltaire, Lettre à d'Argemon, 17 avril 1771.) 798. A sa trame coupée, a coupé sa trame, sa vie :

Qaelle horreur d'embrasser an homme dont l'épée lie tonte ma famille a la trame coupée. (Horace, 1616.

Le régime la trame est, dans ces deux passages, placé entre le verbe auxiliaire et le participe, avec accord du participe; c'était une construction ancienne et familière, qui pourtant déjà tendait à disparaître.

Aacan étonnement n'a leur gloire flétrie. (Horace. 964.)

Qnel dieu de ce désordre a ma maison remplie ? (Rotroa, Sosie», IV, 2.)

Une autre a trop longtemps votre place occupée. (Id. Sueur, V, 6.)

801. Funeste a ici toute l'énergie de son sens étymologique, funus.

802. « Ces quatre vers, que l'on a trouvés si beaux, ne sont pourtant qu'une happelourde; car premièrement ces yeux fondus donnent une vilaine idée à tous les esprits délicats. De plu», on appelle bien une maîtresse la moitié de ma vie, mais ou ne nomme point un père ainsi. Et puis, dire que la moitié d'une vie a tué l'autre moitié, et qu'on doit venger cette moitié sur l'autre moitié, et parler et marcher avec une troisième vie, après avoir perdu ces deux moitiés, tout cela n'est qu'une fausse lumière, qui éblouit l'esprit de ceux qui se plaisent à la voir briller. » (Scudéry.) « Cet endroit n'est pas bien repris par l'observateur; car cette phrase : fondez-vous en eau, ne donne aucune vilaine idée comme il dit. 11 eut été mieux, à la vérité, de dire : fondez-vous en larmes. Et à bien considérer ce qui suit, encore qu'il semble y avoir quelque confusion, toutefois il ne s'\ trouve point trois moitiés, comme il estime. » (Académie.) Plus sévère que l'Aca- démie, Voltaire trouve quelque affectation et même queique puérilité en ce» vers; mais il ajoute aussitôt : « Par quel art cependant ces vers touchent-ils? N'est-ce point que la moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau porte dans l'âme une idée attendrissante, malgré les vers qui suivent? » 11 faut reconnaître, avec l'Académie, qu'il y a « quelque confusion » en ce passage, et, avec Voltaire, qu'il ne laisse pas cependant de nous émouvoir. Le sens n'apparaît qu'à la réflexion ; l'on comprend que Chimène veut dire : Rodrigue (la moitié de ma vie) a tué mon père (l'autre moitié), et m'oblige ainsi à venger mon père (celle que je n'ai plus) sur mon fiancé (celle qui me reste). Ces antithèses sont trop ingénieusement balancées ; mais on ne voit qu'une chose, c'est que Chimène a fait deux parts de sa vie et de son âme, et que toutes deux également lui échappent. La forme est alambiquée, le sentiment est vrai. Au reste, Coraeillt n'a fait qu'imiter ici l'espagnol.

803. Reposez-vous, calmez-vous, au figuré.

804. Var, Ton a^is importun m'ordonne du repog ! (1637-60.)

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