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236 LE CID

Car enfin n'attends pas de mon affection

De lâches sentiments pour ta punition.

De quoi qu'en ta faveur notre amour m'entretienne,

Ma générosité doit répondre à la tienne: 930

Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi;

Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.

D. RODRIGUE.

Ne diffère donc plus ce que l'honneur t'ordonne :

Il demande ma lête, et je te l'abandonne;

Fais-en un sacrifice à ce noble intérêt : 935

Le coup m'en sera doux, aussi bien que l'arrêt.

Attendre après mon crime une lente justice,

C'est reculer ta gloire autant que mon supplice;

Je mourrai trop heureux, mourant d'un coup si beau.

CHIMÈNE.

Va, je suis ta partie, et non pas ton bourreau. 940

Si tu m'offres la lête, est-ce à moi de la prendre? Je la dois attaquer, mais tu dois la défendre; C'est d'un autre que toi qu'il me faut Tobtenir, Et je dois te poursuivre, et non pas te punir.

927. Chimène reprend ici les paroles mêmes de Rodrigue (t. 871). Ces répéti- tioDS, cet ingénieux parallélisme de couplets et parfois de refrains sont familiers surtout aux poètes du temps qui, comme Rotrou, n'arrivent à la tragédie qu'en passant par la tragi-comédie romanesque. Voypz, dans notre édition, la dernière scène d'Horace. Ici, ces légères affectations passent inaperçues.

929. De quoi que; voyez la note du vers 819. — Entretenir, au figuré, avec un nom de chose pour sujet, se retrouve au vers 945. Polyeucte dit à Pauline, en empruntant ce vers :

Mais, de quoi que pour veut notre amour m'entretieime.

Je ne vons oonnaia plus, si vous n'êtes ctirètienne. {Polyeucte, Mil.)

936. Pour ces vers, voyez l'observation faite sur les vers analogues de la pre- mière scène du troisième acte.

940. Ta partie, terme de droit, qui revient souvent dans les Plaideurs; la partie adverse était la personne qui plaidait contre une autre. 11 est assez rar4 que ce mot soit pris au figuré.

En moi seule ils n'auront que trop forte partie. (Médée, 902.)

Chimène plaide don'-, et parle la langue des plaideurs, que conuaissait à fond Pierre Corneille. Dans cette scène, où le sentiment est si profond et si vrai, oa il semble que le cœur seul devrait parler, l'esprit intervient trop. Les amants raisonnent, et pourtant, ne cessent pas de nous toucher. C'est qu'ici le raisonne- ment n'est qu'un voile ingénieux de la passion, qui se défend, mais se défend jial, contre elle-même. — Et non pas ton bourreau, c'est-n-dire : si je plaide ""ontre toi, je ne suis point obligée de te frapper moi-même. Ce vers est cité par éénage dans ses obteruaXions, pour prouver qu'on dit bourreau même en parlant d'une femme.

942. Yar. Je li dois atUqner, maii tn la doit défendre. (164»-i«.)

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