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XXXII BIOGRAPHIE DE CORNEILLE

l'activité de son génie, qui ne pouvait demeurer oisif. Cet ouvrage eut un succès prodigieux, et le dédommagea en toutes manières d'avoir quitté le théâtre*. »

Il n'y a de vrai dans ce petit récit que la piété sincère de Cor- neille et le succès de sa traduction. L'élève des jésuites, resté leur ami, l'auteur de Polyeiicte fut un croyant; dans ses œuvres plus d'une pièce détachée témoigne, et des relations affectueuses qu'il entretenait avec divers religieux et des graves pensées qui n'avaient pas cessé de préoccuper son esprit, même à l'heure des triomphes dramatiques les plus enivrants. L'échec de Per tharite raviva-t-il ces pensées? Ce qui est certain, c'est que Cor- neille ne l'avait pas attendu pour publier, dès 1651, les vingt premiers chapitres de Y Imitation, traduits en vers. En 1652,1633, 1654, la traduction se poursuit et les éditions se succèdent. Celle de 1656 réunit les quatre livres. Dans une épître dédicatoire au pape Alexandre VII. loin de désavouer son oeuvre profane d'autre- fois. Corneille prend soin d'établir une liaison entre elle et l'œuvre chrétienne à laquelle il semble avoir tout sacrifié désor- mais; il s'y vante d'avoir purgé le théâtre français « des ordures que les premiers siècles y avaient comme incorporées et des licences que les derniers y [avaient souffertes..., d'y avoir fait ré- gner en leur place les vertus morales et politiques et quelques unes mêmes des chrétiennes. » On le voit, la traduction de Ylmi- tation n'est pas une « pénitence » que s'impose Corneille ou qu'on lui impose, en expiation devers licencieux, restitués aujourd'hui à leur véritable auteur, un certain Cantenac^ : c'est une entreprise longuement réfléchie et réalisée avec une pieuse persévérance. Ses lettres au P. Boulard, génovéfain. et relatives au débat, alors agité, toujours en suspens, sur l'auteur de l'Imitation, suffiraient à prouver qu'il s'était donné tout entier à cette tâche unique. Louis Racine a dit :

��Couronné par les mains d'Auguste et d'Emilie, A côté de Kempis Corneille s'humilie *.

��Si Louis Racine a voulu parler d'humilité, il a raison ; il a tort

1. Vie de Corneille,

t. Cette .absurde légende a été mise en circulation par le Carpenteriana.

t. Iléponse à Vépitre de M. Rouisémi etntre les esprits fort».

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