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Liv BIOGRAPHIE DE CORNEILLE

Aussi prend-ii le sage parti de ne point « raisonner » sur cette matière. Bien que Tite et Bérénice n'ait pas été précisément une chute, le succès fut loin d "être égal à celui de la Bérénice raci- nienne.

Molière, du moins, alors brouillé, il est vrai, avec Racine, res- tait fidèle au vieux Corneille. En 1671, chargé par le roi de com- poser pour le carnaval uoe pièce à grand spectacle et pressé par le temps, il sollicita la collaboration de Corneille pour sa. Psyché. C'est Corneille qui, en une " quiazaine » i, aurait écrit, sur un plan composé par Molière, la majeure partie de la pièce, et, en particulier, l'exquise déclaration de Psyché à l'Amour. Fontenelle va pourtant un peu loin lorsqu'il attribue à Corneille je ne sais quelle hypocrisie indigne de lui : « Dans la Psyché de Molière, étaut à l'ombre du nom d'autrui, il s'est abandonné à un excès de tendresse dont il n'aurait pas voulu déshonorer son nom 2. » De quelle étrange espèce de déshonneur s'agiJ-il ici ? et en quoi Corneille pouvait-il être compromis par la tendresse d'une pièce dont l'amour faisait le fond, dont, après tant d'autres, Benserade et La Fontaine luî fournissaient les éléments, qu'enfin, sept ans après lui, devait reprendre son frère Thomas avec la collabora- tion de Lulli ? Cette fois seulement, le voisinage de Molière lui portait bonheur : un peu raide et guindé par nature, son génie s'assouplissait et s'attendrissait au contact de ce génie si hu- main, de cet homme qui savait si bien aimer et si bien montrer comme on aime.

On doit opposer le même scepticisme prudent à cette autre affirmation de Fontenelle, apologiste souvent compromettant : « Il s'est dépeint lui-même, avec bien de la force, dans Martian, qui est un vieillard amoureux •. » Le Martian de Pulchérie peut avoir quelques traits de Corneille, mais n'est pas Corneille lui- même. « Il est assez étrange, observe un critique *, quand il s'agit d'une puissance dramatique comme celle de Corneille, de ne pas reconnaître au poète la faculté d'exprimer un sentiment vrai sans que l'homme l'éprouve personnellement. Est-ce qu'en 1830, Victor Hugo, pour tracer le type du vieillard amoureux.

��1. Avis au lecteur, en tète de Psychr. i. Vie de Corneille.

3. Ibid.

4. M. Despois, Beime politique ef liflérnire. 1" avril 1870.

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