Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/93

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SUR LES COMÉDIES lxxix

qufi-là n'avait point paru sur la scène* ». Nous savons mainte- nant en quoi il fait consister surtout cette nouveauté : ses carac- tères ne sont plus ceux de la farce grotesque, mais de la vraie comédie; son dialogue n'est plus un ramas de bouffonneries grossières, c'est l'image élégante de la conversation des honnêtes gens.

Faisons donc, dans les pièces qui ont précédé le Cid, la part de la vraie comédie, sans oublier toutefois que la part de la tragi- comédie romanesque y demeure encore considérable, et que, même dans les comédies les plus gaies, en de certaines scènes où le ton s'élève singulièrement, Corneille a déjà l'instinct et nous donne le pressentiment de la tragédie future. La part de la comédie sera celle du présent, que Corneille instruit en lui mon- trant les vrais modèles; la part de la tragi-comédie, celle d'un passé que beaucoup admirent et regretteront longtemps; la part de la tragédie, celle d'un prochain avenir.

��III

��PART DE LA COMÉDIE. — LES CARACTÈRES. — LA CONVER- SATION DES HONNÊTES GENS.

Quoi qu'eu dise Corneille, sa comédie ne rompt pas complète- ment avec la comédie ancienne. On y retrouve parfois les mêmes intrigues nouées par les mêmes personnages équivoques autour des mêmes parents, indulgents ou sévères. Il est vrai que les figures des valets sont, en général, assez effacées, et que plusieurs même se donnent le luxe d'une vertu sincèrement dévouée aux intérêts de leurs maîtres. Mais je ne répondrais pas de l'impec- cable vertu de Géron, agent de Florange, dans la Fet/ue, et chassé par Philiste à coups de plat d'épée. En revanche, je répondrais de l'absolue perversité d'Aronte, le valet de Lysandre, dans la Galerie: avide et vaniteux, il sait se venger quand on le dédaigne, et mène son maître en le trahissant. Nous sommes loin pourtant

1. Discours du poème dramatique.

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