Page:Cosquin - Les Contes indiens et l’Occident, 1922.djvu/46

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



La mention si terre-à-terre de ces souliers de Pabhâvatî, de ces pantoufles, — si le pâdukâ sanscrit doit être rendu par notre mot « panloufles », — est significative dans sa banalité même : ce trait sans importance, jeté en passant, montre combien devait être répandu l’usage de la chaussure, du moins chez les femmes indiennes d’un rang élevé, à l’époque assurément lointaine où le Bouddhiste inconnu rédigeait son djâtaka.


3


Voici maintenant quelque chose de bien autrement en relief :

Dans un conte en langue bélotchi (la langue du Béloutchistan), — conte qui a été recueilli dans une région située à l’ouest, tout contre l’Inde proprement dite, et rattachée actuellement à la province indienne du Pendjab[1], — un petit roi, pour donner satisfaction à sa « tribu », décide qu’il bannira son fils, jeune homme insupportable. D’après ses instructions, la servante qui vient apporter le déjeûner au prince, retourne les chaussures de celui-ci, le dessus dessous (she turned his shoes upside down). « Quand il eut mangé et se fut levé, il vit que ses deux chaussures étaient retournées, le dessus dessous, et il dit dans son cœur : Mon père m’a donné mon congé (my dismissal). »

Un conte de l’Inde même, de la vallée du Haut-Indus[2], a cette même sentence de bannissement, exprimée par le même symbole. Deux princes, haïs de la reine leur marâtre, sont bannis par le roi, et ce qui les en avertit, c’est une paire de sabots (wooden shoes), que le roi fait mettre, retournés le dessus dessous, à la porte de chacun de ses deux fils.


4


Les sabots ne sont pas une chaussure spéciale à la vallée du Haut-Indus. Dans un conte du Dekkan[3], un prince, qui s’est exilé parce que son père ne l’aime pas, arrive dans une contrée éloignée et se loge chez un pauvre charpentier, fabricant de sabots (wooden clogs). Du premier coup le prince confectionne des sabots si artistement travaillés qu’un serviteur du roi du pays en achète très cher une paire pour son maître.

  1. M. Longworth Dames, Balochi Tales, n° XI (Folk-Lore, 1893, p. 202 et suiv.).
  2. Ch. Swynnerton, Indien Nights Entertainment (Londres, 1892), p. 277.
  3. Miss M. Frere, Old Deccan Days, 2e éd. (Londres, 1870), p. 127.