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l’hellénisme

manifestait préparant les voies au christianisme ; elle les préparait aussi à l’empire romain mais de façon moins consciente et claire puisque dans ce domaine, nulle réalisation n’était encore intervenue — en occident du moins ; et l’Inde ou la Chine étaient trop loin pour qu’on sut ce qui s’y passait. La tolérance s’était largement répandue. L’idée antique que les dieux d’une nation étaient maîtres chez eux y aidait singulièrement. Il semblait tout naturel à l’étranger de passage ou domicilié, de s’assurer leur protection en les honorant. De là à se rendre des politesses de culte, il n’y avait qu’un pas. Les dieux — hormis Assur le sanguinaire et Jahvé l’exclusif — étaient censés se plaire à ces hommages et, à mesure que les relations entre peuples se faisaient plus fréquentes et plus intimes, le cosmopolitisme religieux gagnait des adeptes. Il en résultait un affaiblissement de la foi dans le même temps que les spéculations des philosophes les inclinaient peu à peu vers le scepticisme. Nombreux étaient pourtant ceux qui aspiraient à un au-delà consolant. C’est ce sentiment qui, bien auparavant, avait donné naissance aux « mystères » d’Éleusis, à toutes les manifestations d’exaltation mystique groupées sous le nom d’« orphisme » et dans lesquelles les initiés s’efforçaient surtout de recueillir quelque certitude concernant la vie future. Ces manifestations qui revêtaient souvent des formes excentriques assemblèrent peut-être moins de fidèles que nous le supposons mais elles laissèrent après elles, selon Alf. Croiset « une idée plus nette du mérite et du démérite acquis par la conduite personnelle de chacun indépendamment des actes des ancêtres ». C’était là une des notions les moins familières aux civilisations primitives (le pur hellénisme excepté) et les plus propres à faciliter la diffusion de l’individualisme chrétien. En attendant, la foule semblait à la recherche de divinités nouvelles, donnant volontiers ses préférences à celles qui étaient d’origine exotique et dont les attributions avaient un caractère plutôt général.

Parce que les illustres écrivains et artistes de la grande période athénienne n’eurent point de successeurs dignes de leur être comparés, on en tire cette conclusion qu’un recul de la culture grecque survint et que, notamment, les derniers siècles de l’ère ancienne représentent une décadence de la pensée. Il y a là tout au moins une forte exagération. Certes le génie créateur ne se révéla point par des chefs-d’œuvre littéraires mais — et c’était une condition essentielle de l’hellénisation — la diffusion des chefs d’œuvre antérieurs s’opéra d’une façon à la fois universelle et