Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/25

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
21
le préceptorat romain

Sens les troupes que César y avait laissées quand il était l’année précédente parti pour Rome. Dès lors l’avantage initial que s’était assuré Vercingétorix se trouvait annihilé. Malgré l’ardeur, le sang-froid, l’habileté de leur chef et la quasi-unanimité un moment réalisée par les Celtes dans la coalition contre Rome, César l’emporta. La guerre se termina par le siège d’Alésia (aujourd’hui Alise-Sainte Reine, en Bourgogne : on y voit encore les lignes d’investissement tracées par les Romains). Le vainqueur se montra impitoyable envers celui qu’il rendait responsable de cette longue résistance. Sa cruauté à l’égard de Vercingétorix n’a fait sans doute qu’accroître les sympathies de l’histoire pour le champion malheureux du patriotisme celte. Mais sa vengeance exercée, César mit à panser les blessures de la Gaule la promptitude et l’énergie avec lesquelles il savait agir. Du régime qu’il établit, Fustel de Coulanges a pu dire qu’assurément « il y eût plus d’hommes qui se crurent affranchis qu’il n’y en eût qui se crurent subjugués ». C’est un bel éloge. César vécut dès lors environné de Celtes. La « légion de l’alouette »[1] composée de leurs meilleurs guerriers ne le quitta plus. On s’en indigna à Rome. « Il a déchaîné la fureur celtique, disait-on. Cette race, c’est lui qui l’a soulevée et qui la conduit… à force de vivre au milieu d’eux, il est devenu gaulois lui-même ».

Lorsque, peu d’années plus tard, César périt sous le fer des assassins, le pli était pris ; la tradition vivait. Désormais l’union celto-romaine était accomplie et nul, à Rome — même parmi ceux qui ne professaient aucune sympathie pour elle — ne marchanderait plus à la Gaule l’appui du pouvoir central en attendant que ce pouvoir à son tour en vint à s’appuyer sur elle comme ce devait être le cas à plusieurs reprises pendant les siècles suivants.

Dans les premiers temps de l’empire, Drusus puis son fils Germanicus vécurent en amis parmi les Celtes comme représentants d’Auguste et de Tibère. Ils s’en firent aimer comme plus tard Julien, dont on connaît l’affection pour ses fidèles Parisiens. Entre temps beaucoup d’empereurs séjournèrent en Gaule. Auguste y était venu cinq fois et y avait résidé de l’an 16 à l’an 13. Claude né à Lyon et qui régna de 41 à 54 ap. J.-C. marqua pour son pays natal une préférence infatigable. On a retrouvé gravé sur des plaques de bronze le texte d’un discours

  1. L’alouette était une sorte d’oiseau national gaulois, « emblème de la vigilance et de la vive gaîté » a dit Montesquieu.