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la révolution francaise et l’empire

entravaient les malversations coutumières. Après deux ans, le roi par mollesse de caractère et méfiance de son propre jugement s’était laissé imposer par la reine et la cour le renvoi de Turgot. Il en avait été de même pour le banquier genevois Necker à qui avait été ensuite confiée la gestion des finances (1777-1781). Ces disgrâces successives avaient causé en France de l’émoi. Mais d’autre part c’était le temps où sous la direction du ministre Vergennes, une politique extérieure énergique autant qu’avisée venait relever le prestige national. L’appui armé donné à la jeune république des États Unis n’apportait pas seulement l’occasion d’une revanche opportune sur l’Angleterre ; il s’auréolait d’un libéralisme fait pour exalter l’opinion. La résistance aux visées autrichiennes[1] n’était pas moins populaire. Trop souvent humiliés sous le règne précédent, les Français se montraient fort sensibles à ces événements. Les exploits de Suffren dans l’Inde[2] les remplirent de satisfaction. Le gouvernement ne s’en laissait point griser. Le traité de Versailles (1783) fut de sa part un acte de parfaite pondération. Dès lors ni les scandales de cour ni la persistance de maints abus ni l’agitation grandissante des milieux parisiens n’entamait la confiance de la nation. C’est dans le plus sincère élan d’enthousiasme envers le roi qu’elle reçut communication du document approuvé par lui le 27 décembre 1788 et dans lequel étaient posés les principes du nouveau régime à établir par les États-généraux convoqués pour le printemps suivant. Ces principes étaient les mêmes dont on avait réclamé l’acceptation aux États de 1356, de 1413 et de 1484. Mais cette fois c’est le souverain lui-même qui prenait l’initiative d’en proclamer l’urgence.

La confiance tomba très lentement. Dès l’ouverture de la session (5 mai 1789) les députés se trouvèrent en contact avec le drame qui se jouait au palais et parmi les péripéties duquel évoluait la conscience inquiète de Louis xvi. Ils comprirent ses

  1. L’empereur Joseph ii d’accord avec Catherine ii de Russie jugea l’occasion favorable pour attaquer l’empire ottoman et si possible le dépecer. Contrecarré par la France, il imagina ensuite de proposer à la maison de Wittelsbach l’échange de la Bavière avec les Pays-Bas qu’il se déclarait prêt à lui céder la Bavière devenant ainsi partie intégrante de la monarchie autrichienne. Pour la gagner à ces vues, il offrit à la France le Luxembourg. Mais le gouvernement français n’eut garde de tomber dans le piège et se déclara résolu au maintien de l’équilibre issu de la paix de Westphalie.
  2. La France étant en guerre avec l’Angleterre l’attaqua aussi dans l’Inde. À la tête de forces navales pourtant insuffisantes, Suffren lui infligea en 1782 et 1783 des défaites dont la conclusion de la paix empêcha de recueillir le fruit.