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histoire universelle

bonnes intentions ; la pression incessante qui s’exerçait sur lui, ses opinions incertaines, ses gestes contradictoires et maladroits. Attristés mais non découragés, ils se constituèrent en « assemblée nationale » avec l’intention d’accomplir eux-mêmes la tâche à laquelle ils avaient pensé coopérer avec lui. Même après la prise de la Bastille et ces journées d’octobre qui s’achevèrent par l’internement déguisé de la famille royale aux Tuileries, l’attachement à la forme monarchique et à la personne du roi subsista. Il en fut ainsi pendant toute l’année 1790. Ce n’est qu’après la « fuite de Varennes » (juin 1791) que les illusions tombèrent. La royauté de fait cessa d’exister et la révolution, très vite, versa dans la violence.

iii

Cette violence a surpris au soir d’un siècle « sensible ». Mais la « sensibilité » du xviiime siècle ne fut qu’un vernis recouvrant les instincts brutaux et cruels qu’engendre toujours l’amoralisme. En quelque pays d’Europe que ce soit, le cynisme des gens cultivés, à cette époque, servit trop souvent à duper les foules naïves. À quoi il faut ajouter l’action des aventuriers cosmopolites et de ces pêcheurs en eau trouble qu’attire tout conflit social, la contagion de la peur et des mauvais instincts, les surenchères qu’engendre la crainte d’être chassé du pouvoir par ceux qui le convoitent. Malgré les déformations dictées par la passion politique et les enjolivements inspirés par l’esprit littéraire, la période sanglante de la révolution française s’affirme vicieuse et médiocre. Avec la sinistre pédanterie de leur phraséologie, leur hypocrite emploi des formes légales, leur cortège de délateurs et de « tricoteuses », le Tribunal révolutionnaire et le Comité de salut public font assez triste figure dans les annales de l’humanité. Quant aux réformes opérées par la Convention[1] en matière de droit civil, de finances, d’instruction publique, on les a fréquemment exaltées. Les travaux de cette assemblée sont fort importants mais rien de génial n’en est issu. Les éléments en avaient été d’ailleurs plus ou moins réunis dans la majorité

  1. À l’assemblée élue en 1791 conformément à la constitution qui venait d’être votée succéda dès 1792 une « Convention nationale » chargée d’établir le régime républicain. La Convention dura en droit jusqu’en 1795 mais en fait ce fut pendant les années 1793 et 1794 le « Comité de salut public » émané d’elle qui gouverna.