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mémoires olympiques

de la jeunesse se donnait libre cours. On ne dormait guère, mais personne n’avait envie de dormir. Les fêtes succédaient aux fêtes sans nuire aux exploits musculaires. Le stade gothique, avec ses ogives et ses tours, sa perfection technique, le bon ordre et la méthode de ses règlements, semblait un modèle du genre. On le vit transformé en salle de banquet, en salle de concert, en salle de danses et toujours prêt le lendemain matin pour la succession des performances. On le vit en une nuit se couvrir de gazon par plaques juxtaposées, se creuser d’obstacles et s’orner de massifs fleuris pour les jeux équestres. Tout se faisait sans bruit, sans délai, sans erreur aucune. Tandis qu’à Londres la vie de l’énorme métropole n’avait pu être influencée par le voisinage de l’olympisme, tout Stockholm s’en montrait imprégné. La ville entière participait à l’effort en l’honneur des étrangers et l’on avait comme une vision de ce qu’avait dû être, aux temps antiques, l’atmosphère d’Olympie — mais une vision agrandie et embellie par la présence de toutes les facilités et de tous les agréments modernes que ne venaient ici entacher nulles laideurs en sorte que l’Héllénisme et le Progrès semblaient s’être associés pour recevoir ensemble.

Le prince royal était partout, infatigable, lucide, pratique, souriant et son comité lui ressemblait. Balck dominait la circonstance de sa silhouette populaire. Point de détail si minime dont il ne s’occupât. C’était son triomphe, cette Olympiade, l’aboutissement de ses luttes passées pour amener son pays à épouser le sport sous toutes ses formes sans répudier pour cela la gymnastique traditionnelle. Et s’il y avait encore quelques pontifes austères de ce culte exclusif qui, dit-on, avaient fui Stockholm pour n’y point voir dresser