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faute d’un chemin de fer

gerait gérait même pas l’éventualité d’une guerre continentale si elle savait qu’en deux semaines 15 000 à 20 000 hommes distraits de notre armée d’Afrique peuvent être jetés sur le Togoland et le Cameroun, en chasser ses faibles garnisons et y détruire son embryonnaire et chancelante organisation. Ainsi un geste facile mettrait, le cas échéant, la France en possession de terres allemandes, singulier élément de force dans les négociations auquelles donnerait lieu ultérieurement le rétablissement de la paix européenne. Mais cela ne se peut pas puisque le chemin de fer est encore à construire.

Qu’attend-on, mon Dieu ? Le remarquable ouvrage dans lequel M. Paul Leroy-Beaulieu a, l’an passé, examiné le problème sous toutes ses faces — résumant les opinions et les enquêtes, serrant de près les raisonnements, révisant les calculs, discutant les probabilités — ne laisse plus de place au moindre doute. Nous savons maintenant ce qu’il faut penser de la vieille légende saharienne et comment les sables n’occupent guère plus du neuvième de la surface totale, tandis que, partout ailleurs, la nature du sol, la présence de l’eau, une végétation appréciable, une main-d’œuvre assez abondante font de rétablissement du Transsaharien exactement ce qu’en disait il y a vingt cinq ans le colonel Flatters : un travail sans difficultés techniques et pouvant être exécuté dans des conditions économiques certaines. D’autre part, nous avons enfin retenu ce que Barth avait inutilement fait connaître dès le milieu du dix-neuvième siècle, à savoir l’extrême fertilité, la magnifique richesse des régions soudaniennes où résident des populations douces et laborieuses aspirant à être débarrassées des pillards qui les font trembler et prêtes à se développer en paix sous l’égide française.

Des vaillants nous ont constitué un vaste empire. Sans notre négligence, il aurait pu être plus vaste encore et plus beau ; mais, tel qu’il est, il excite déjà et excitera davantage dans l’avenir des convoitises redoutables. Allons-nous donc laisser périr tout cela faute d’un chemin de fer ?