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Donc il y a urgence à ce qu’une législation claire en ses maximes, pratique et expéditive en ses dispositions, surtout un peu moderne en sa silhouette que ne le sont trop souvent les textes législatifs, intervienne dans ce domaine — qu’elle caractérise aussi nettement que possible le délit de diffamation sous ses diverses formes et selon ses diverses conséquences — qu’elle préserve ainsi, et tout à la fois, le journaliste contre des susceptibilités injustifiées et le public contre des procédés dont une trop longue impunité a rendu la répétition singulièrement inquiétante par sa fréquence croissante.

Si les modalités d’une telle législation sont délicates à fixer, le principe du moins en apparaît sous des contours nets. Au contraire, dans la question des incompatibilités, la base est défectueuse. Prononcer une incompatibilité autrement qu’entre deux fonctions officielles revient en somme à exercer sur la liberté privée une contrainte autoritariste. Cette contrainte en effet ne se légitime que par l’opportunité et non par une règle certaine de morale. L’opportunité elle-même en est discutable. N’y a-t-il pas dix moyens de tourner une défense de cumul ? Si vous décrétez qu’on ne peut être à la fois, directeur, rédacteur ou chroniqueur d’un journal politique et fonctionnaire, député ou administrateur d’une société financière ou économique, chacun trouvera des biais propres à maintenir en fait le contact ainsi prohibé en droit. Croyez pourtant que cette prohibition aurait une grande valeur. Ce serait un avertissement. L’opinion serait rendue attentive aux conséquences essentielles de rapports dont elle néglige de s’alarmer et même de s’enquérir. Celui qui exerce le cumul et en bénéficie serait à son tour mis en garde contre lui-même, contre les dangers que court sa conscience, contre la tentation de faire fléchir la vérité au profit de ses intérêts, d’incliner le bien public devant son point de vue personnel… Une pareille tentation est d’autant plus redoutable quand elle se renouvelle à tout moment, petitement, en détail et que l’habitude d’y céder chemine à travers l’être humain de façon sournoise, quotidienne.

Que faut-il, en somme, pour libérer le journaliste ? Il faut débroussailler le terrain autour de sa conscience et plutôt que de lui demander de résister héroïquement aux tentations, chercher à les tenir loin de lui.

Mais l’appui que, par ces mesures diverses, la loi peut lui apporter sera bien médiocre si sa formation personnelle, si le développement de son esprit et de son caractère ne sont pas l’objet d’une sollicitude avisée. Que si vous dressez en effet l’inventaire des qualités de conduite et de jugement