Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/16

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à la journée de travail, n’avait changé de valeur par rapport à aucune des autres denrées, on en conclurait que le changement observé est dû, non à la hausse absolue du blé, mais à la dépréciation absolue du travail : à moins toutefois qu’on ne vît clairement qu’il y a, entre le blé et les autres denrées auxquelles on le compare, une liaison telle que l’une ne peut varier sans entraîner, dans les valeurs de toutes celles qui en dépendent, des variations proportionnées.

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Mais, de tous les exemples que nous pourrions prendre, il n’y en a pas qui conviennent mieux à notre but, et qui comportent plus de simplicité et de précision, que ceux qui se tirent de la considération du mouvement.

Nous jugeons qu’un point se meut lorsqu’il change de situation par rapport à d’autres points que nous considérons comme fixes. Si nous observons à deux époques distinctes un système de points matériels, et que les situations respectives de ces points ne soient pas les mêmes aux deux époques, nous en concluons nécessairement que quelques-uns de ces points, sinon tous, se sont déplacés ; mais si, de plus, nous ne pouvons pas les rapporter à des points de la fixité desquels nous soyons sûrs, il nous est, de prime abord, impossible de rien conclure sur le déplacement ou l’immobilité de chacun des points du système en particulier.

Cependant, si tous les points du système, à l’exception d’un seul, avaient conservé leurs situations relatives, nous regarderions comme très-probable que ce point unique est le seul qui s’est déplacé ; à moins, toutefois, que les autres points ne nous parussent liés entre eux de manière que le déplacement de l’un dût entraîner le déplacement de tous les autres.

Nous venons d’indiquer un cas extrême, celui où tous les points, un seul excepté, ont conservé leurs situations relatives ; mais, sans entrer dans les détails, on conçoit bien qu’entre toutes les manières de se rendre raison des changements d’état du système, il peut s’en présenter de beaucoup plus simples, et qu’on n’hésitera pas à regarder comme beaucoup plus probables que d’autres. Cette probabilité, dont nous ne voulons point encore discuter l’origine et la nature, peut-être telle qu’elle détermine l’acquiescement de tout esprit raisonnable.