Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/37

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Nous venons de prendre quelques exemples choisis parmi les faits géométriques ou mécaniques les plus fondamentaux, les plus simples, et, en quelque sorte, les plus grossiers de tous ; nous en pourrions trouver d’analogues dans un ordre de faits beaucoup plus relevé. Ce qu’on appelle de nos jours la philosophie de l’histoire consiste évidemment, non dans la recherche des causes qui ont amené chaque événement historique au gré et selon les affections variables des personnages agissants, mais dans l’étude des rapports et des lois générales qui rendent raison du développement des faits historiques pris dans leur ensemble, et abstraction faite des causes variables qui, pour chaque fait en particulier, ont été les forces effectivement agissantes. Telle province a été successivement conquise, perdue et reconquise, selon le hasard des batailles ; mais on aperçoit dans la configuration géographique du pays, dans la direction des fleuves, des bras de mer et des chaînes de montagnes, dans la ressemblance ou la différence des races, des idiomes, des mœurs, des institutions religieuses et civiles, des intérêts commerciaux, les raisons qui devaient amener, un peu plus tôt ou un peu plus tard, la réunion ou la séparation définitive de la province. Des causes fortuites, telles que l’énergie ou la faiblesse, l’habileté ou la maladresse de certains personnages, font échouer ou réussir une conspiration ; souvent même l’écrivain curieux de détails anecdotiques prendra plaisir à mettre en relief la petitesse des causes qui ont amené l’événement ; mais la raison du philosophe ne se contentera point de pareilles explications, et elle ne sera pas satisfaite qu’elle n’ait trouvé dans les vices de la constitution d’un gouvernement, non point la cause proprement dite, mais l’explication véritable, la vraie raison de la catastrophe dans laquelle il a péri.

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Le livre que Montesquieu, pour se conformer au langage reçu de son temps, a intitulé l’Esprit des lois, traite évidemment de la raison des lois, ou (comme on dirait aujourd’hui) de la philosophie des lois. Ce dont il s’agit pour le jurisconsulte philosophe, c’est de remonter à la raison d’un droit, d’une obligation, d’une disposition de la loi ou de la