Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/83

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éléments de cette probabilité quelque chose qui varie d’un esprit à l’autre. Sur d’autres points nous sommes condamnés à n’avoir jamais que des probabilités insuffisantes pour déterminer une entière conviction. Telle est la question de l’habitation des planètes par des êtres vivants et animés. Nous sommes frappés des analogies que les autres planètes ont avec notre terre ; il nous répugne d’admettre que, dans les plans de la nature, un petit globe perdu au sein de l’immensité des espaces célestes soit le seul à la surface duquel se développent les merveilles de l’organisation et de la vie ; mais nous ne pouvons guère attendre des progrès de la science aucune lumière nouvelle sur des choses que Dieu semble s’être plu à mettre hors de la portée de tous nos moyens d’observation. Tout près de nous relativement, un globe dont les dimensions sont comparables à celles de la terre, paraît être placé dans de telles conditions physiques, qu’aucun être organisé, analogue à ceux dont les races peuplent notre terre, n’y pourrait vivre. Selon que l’esprit sera plus frappé des analogies ou des disparates, il adhérera avec plus ou moins de fermeté à l’opinion philosophique de la pluralité des mondes. À la vue d’un fragment d’os ayant appartenu à un animal dont l’espèce est perdue, mais dont les congénères vivent encore à l’époque actuelle, un naturaliste prononcera avec certitude, non-seulement que cet animal était de la classe des mammifères, et qu’ainsi il avait un cœur à quatre divisions, un poumon à deux lobes, le sang rouge et chaud, une circulation double, etc., mais encore qu’il appartenait à l’ordre des carnassiers ou à celui des ruminants, au genre Chat ou au genre Cerf. Par cette puissante induction il fixera avec certitude tous les traits importants de l’organisation de l’animal, de ses habitudes et de son régime ; tandis qu’il n’aura que des probabilités sur quelques-unes des particularités par lesquelles cette espèce perdue se distinguait de ses congénères, et que pour d’autres détails il restera dans une ignorance absolue. S’il s’agit d’une espèce dont le type générique a disparu, et à plus forte raison d’un genre qui ne peut rentrer dans les ordres actuellement connus, la certitude du jugement inductif ne portera que sur les caractères les plus généraux ; et la probabilité ira en s’affaiblissant graduellement