Page:Crépet - Charles Baudelaire 1906.djvu/206

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XI



Il est difficile de ne pas attribuer à la maladie une part notable dans cette exaltation de langage qui fait un si grand contraste avec la froideur concentrée, le calme ironique que le poète s’imposait naguère. Depuis les deux derniers mois de 1865, sa santé traversait, en effet, des crises de plus en plus graves, dont on peut suivre l’effrayante progression dans les lettres fréquentes que le poète écrivait régulièrement à M. Ancelle.

(26 novembre 1865). « Ma santé ? dites-vous. Comment, diable voulez-vous qu’elle soit bonne, avec tant de colères et de soucis ?… Ce qui m’irrite plus que tout, plus que la misère, plus que la bêtise dont je suis environné, c’est un certain état soporeux qui me fait douter de mes facultés. Au bout de trois ou quatre heures de travail, je ne suis plus bon à rien. Il y a quelques années, je travaillais quelquefois douze heures, et avec plaisir. »

(30 novembre 1865). « Je m’ennuie et je souffre le martyre… Je suis très inquiet de la santé de ma mère. Quant à moi, je ne peux plus fumer sans dégoût. Pour un fumeur, c’est un vrai signe de dérangement. Tout à l’heure, j’ai été obligé d’interrompre cette lettre pour me jeter sur mon lit, et c’est un grand travail, car je crains toujours d’entraîner avec moi les meubles auxquels je m’accroche. Avec ça, les idées noires ; il me vient quelquefois à l’esprit que je ne verrai plus ma mère. »