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88 CHAPITRE IIJ. — GONGOUHS TRAGIQUES

l*art du y® siècle, sous rinflueoce de la sculpture contem- poraine, dut viser surtout à donner aux masques tragi- ques une sorte de beauté grave et triste, qui n'admettait, en fait de particularités individuelles, que des indications discrètes, et laissait beaucoup à faire à l'imagination des spectateurs. Plus tard, quand les sculpteurs, au temps de Scopas et de Praxitèle, recherchèrent davantage la variété précise de l'expression, les masques des acteurs subirent nécessairement une modification conforme au goût nouveau. Elle aurait été bien plus sensible encore, si la force des choses ne s*y était opposée. Ceux que nous connaissons par les monuments appartiennent en géné- ral ou à ce temps ou même à la période romaine. Ils ne nous donnent peut-être qu'une idée imparfaite des etfeti qu'un art plus réservé avait pu produire au temps d«s chefs-d'œuvre de la scène. Encore est-il qu'ils gardent presque tous ce caractère typique *.

Si l'usage du masque supprimait les jeux de ph/sio- nomie, il avait l'avantage de supprimer aussi les défec- tuosités du visage de l'acteur. Quel que fut son âge, quelle que fut sa physionomie propre, quand il repré- sentait Achille, il était toujours jeune et beau. Bt peut- être après tout ne fallait-il pas beaucoup plus de complai- sance de la part du public pour animer ce visaje coloré qui laissait paraître l'éclat des yeux et qui permettait de deviner le frémissement des lèvres, qu'il ne nous en faut à nous pour ne pas voir les perruques, les fausses barbes et tout le placage artificiel qui les accompagne *. Le

1. Wieseler, Denkmuler d. Buhnenw., tab. V, 18 et 2£-26. Énuméra- tion des masques tragiques nécessaires pour jouer le répertoire clas- sique dans Pollux, IV, 133.

2. Les masques n'ont commencé à paraître ridicules qu'au temps où la pantomime manifesta un art tout nouveau, qui donnait au corps ce que l'art ancien donnait à l'âme. On peut voir les plaisanteries de Lucien à ce sujet. Danse mimique, 27 ; Anacharsis, 23 ; Coq, 26 ; Ni- grinus, 11.

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