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90 CHAPITRE III. — CONCOURS TRAGIQUES

ditions spéciales. Un mouvement trop animé aurait con- trasté durement avec cet appareil. D'ailleurs, pour se faire entendre d'un public aussi nombreux, non seule- ment une voix sonore était indispensable, mais il fallait aussi en bien user, c'est-à-dire parler haut et lentement ^ Une foule d'effets, qui sont ordinaires sur nos théâtres, devenaient par là même, sinon impossibles, du moins beaucoup plus difficiles. Tout le drame était donc empreint d'une sorte de solennité héroïque, qui est du reste attestée aussi par le langage même dont il usait ^.

Les fonctions de Tacteur tragique comprenaient le chant, la déclamation et la mimique. Elles exigeaient tout d'abord une remarquable variété d'aptitudes ^.

Les acteurs chantaient avec le chœur ou seuls. Dans les deux cas, ils étaient accompagnés par la flûte. Les chants de la première sorte constituaient des dialogues lyriques. C'étaient le plus souvent des xojtjjLOÎ *, plaintes passionnées, qui devaient être traduites en général avec plus de force pathétique que de variété. Au contraire, dans les chants de la seconde sorte ou monodies ([tovcdStai), la variété dominait. La puissance d'expression, l'art délicat des nuances, les contrastes brusques, en un mot tout ce qui peint l'agitation de Tâme, c'était là leur mérite pro- pre. Les grands acteurs s'y faisaient donc admirer. Plus leur art les rendait populaires et leur donnait d'autorité,

1. G*est ce qu'on appelait {léya xa\ xaXbv ê(j.poa(i6at {Synes. de Pro- vid.y p. 106 A).

2. Toutefois un acteur tragique, sous le masque, pouvait, à ce qu'il paraît, produire un effet très dramatique par le rire. C'est ce que fit Tacteur Plisthène en jouant le rôle d'Ajax dans une pièce de Karkinos (Parômiographe anonyme, dans Miller, Mélanges de iittér. grecque, p. 356 ; AîàvTetoç yéXwç). Il s'agit nécessairement d'un rire sonore qu'on entendait dans tout le théâtre.

3. Ces aptitudes étaient d'ailleurs très spéciales. Les acteurs tra- giques ne jouaient pas la comédie ; Platon, Républ,, VII, 395 B.

4. Arist., Poétique, c. 12 : Ko{i|xbç 8è Oprjvoç xoivbç x^po^ *al àwo (Txy)VY^;.

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