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LES JUGES 95

à quel degré de subtilité dans l'appréciation les juges athéniens étaient alors parvenus.

Il va de soi que les prix de tragédie ainsi décernés soit aux poètes, soit aux acteurs, étaient indépendants de leur salaire. Nous sommes d'ailleurs dépourvus de renseigne- ments précis sur leur valeur.

Par qui étaient-ils décernés.? Nous ne pouvons le dire que pour Athènes. Là, le sénat et les chorèges intéressés dressaient ensemble, chaque année, avant les concours, une véritable liste de jurés, dont les noms étaient mis dans des urnes par tribu. On scelUit ensuite ces urnes et on les gardait dans l'Acropole ^. Dans ce premier choix, le Sénat représentait l'État, et chaque chorège son inté- rêt personnel. Au jour du concours, les urnes étaient apportées au théâtre. L*archonte tirait au sort dix noms, un par tribu ^. Les dix personnes désignées constituaient ensemble le jury; on les appelait les juges (xptxai). Us prêtaient serment, et dès lors tout dépendait de leur déci- sion, qui ne dépendait elle-même que de leur opinion personnelle. Leur sentence était rendue au scrutin secret à la fin du concours et proclamée alors par la voix du héraut ^

Le public n'avait aucun rôle officiel dans ce jugement. Cela ne veut pas dire qu'il ne prît point parti pour les concurrents et qu'il n'exerçât pas son influence sur le vote final. Les poètes le sentaient si bien qu'ils ne négli-

1. Isocrate, XVII, 33.

2. Cela résulte indirectement du récit de Plutarque, Cimon, 8.

3. Vie de Sophocle, vtxwv èxï|p\jx6r). — On admet généralement (Voy. A. MûUeret Haigh) qu'après le concours, un second tirage au sort avait lieu, qui réduisait à cinq le nombre des juges définitifs. Le nombre de cinq est attesté pour la comédie, mais non pour la tra- gédie. Quant à cette procédure, très compliquée, on la déduit d'un passage de Lysias (IV, 3), qui est relatif au concours dithyrambique et non au concours tragique. Ce passage est d'ailleurs fort obscur pour nous. — Sur le choix des juges, consulter aussi Lafaye, De poetarum et oratorum certaminibus apud veteres, Paris, 1883.

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