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9G CHAPITRE III. — CONCOURS TRAGIQUES

geaient rien pour le bien disposer. Dès le v* siècle, les concours tragiques des Dionysies étaient précédés, à quelques jours de distance, d'une cérémonie particulière qu'on appelait le prélude du concours (7upoàY«*v). Le 8 d*E- laphébolion, jour de la fête d'Asclépios, le peuple s'as- semblait à rodéon, et les poètes admis au prochain con- cours venaient se présenter à lui et lui présenter leurs acteurs et leurs cho rentes ^ Chacun d'eux était appelé à son tour par le héraut ^. Il entrait en scène, couronné comme pour un acte religieux, suivi de son chœur et de ses acteurs, non costumés, et il faisait connaître au pu- blic le sujet des pièces qu'il se proposait de soumettre à son jugement ^ A partir de ce moment, le programme des concours étant ofGciellement connu, les cabales pou- vaient se former. Elles étaient parfois si violentes, qu'il devenait difficile à l'archonte de tirer au sort le nom des juges *. En tout cas, les impressions du moment sufQ- saient à rendre les représentations agitées. Ces specta- teurs athéniens étaient vifs, ardents, impressionnables. On pleurait, on criait, on applaudissait, on sifflait. C'é- taient de longues acclamations ou de véritables huées. Quand le public était trop mécontent d'un acteur, il le chassait de la scène honteusement, quelquefois même en l'accablant de projectiles divers. Quand au contraire il était ému et captivé, son enthousiasme éclatait en longs transports. Le caractère religieux de la fête n'était en aucune façon un obstacle à ces explosions tumultueuses; les Grecs ont toujours eu la dévotion libre et bruyante. D'ailleurs le tempérament national le voulait ainsi. Les longues contraintes le fatiguaient; il débordait au théâtre,

1. Schol. Eschine, c. Ctésiphon^ 67. Sur le Tcpoàywv, voir Rohde, Rhei- nisches Muséum, XXXVIII, p. 251.

2. Aristoph., Acham. 10.

3. Platon, Banquet, p. 194 A.

4. Piutarque, Cimon, pass. cité.

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