Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t3.djvu/137

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


PROGRESSION DE L'INTÉRÊT 125

quelle mesure les lois générales de l'action tragique en Grèce se sont appliquées à la structure trilogique. En ce qui concerne la trilogie liée, il n'est pas douteux que trois tragédies, groupées par un lien légendaire et moral, n'aient dû constituer un ensemble dramatique, dont les parties se prêtaient assistance mutuellement. Mais en quoi consistait au juste cette sorte de coopération ? C'est ce qu'il est impossible de dire, faute d'exemples. L'Ores- tie est en effet pour nous le seul spécimen subsistant de trilogie liée. Cela ne suffit pas à établir une théorie géné- rale de la structure trilogique. De savants et ingénieux critiques ont émis à cet égard des idées divergentes, qu'il est inutile de discuter, puisqu'elles sont toutes éga- lement conjecturales K Le plus probable, n'est-ce pas en somme que la manière de construire les trilogies liées a du varier sans cesse selon les poètes et selon les su- jets? En tout cas, on ne peut guère douter raisonnable- ment qu'il n'en ait été ainsi pour les trilogies libres. Sans doute, quand un poète présentait à un concours trois pièces, même indépendantes les unes des autres, l'ordre qu'il leur assignait pouvait n'être pas indifférent au point de vue du succès ; et il lui appartenait, en les composant, de songer d'avance à cet ordre et d'en tenir compte jus-

��1. Voir en particulier l'intéressante dissertation de G. Hermann, De compositione tetralogiarum lyrîcariim, 1819 (Opusc. II, p. 306). Il y exprimait l'idée que dans une trilogie chaque pièce avait son caractère propre. Dans la première, dominait l'action ; dans la seconde, le c/ifl/i/; dans la troisième, le spec/ac/e. Goethe approuvait fort cette conception, plus ingénieuse que solide (Werke^ éd. de Stuttgard, 1867, t. 30, p. 7). Schlegel, dans sa Littérature dramatique (trad. française, t. I, p. 154), avait conçu autrement les choses. Pour lui, les deux premières pièces présentaient deux objets de contraste, et la troi- sième « le point de vue qui les conciliait. » Enfin Welcker (JEschyl. Trilogie) pensait que la pièce du milieu devait être la plus émouvante, tandis que la dernière était surtout religieuse et destinée à produire un apaisement. Toutes ces discussions n'ont plus guère aujourd'hui qu'un intérêt historique.

�� �