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UNITÉ D'INTÉRÊT 127

distendre au risque de se rompre. La rupture fut com- plète quand naquît la tétralogie libre, c'est-à-dire quand un même poète fit jouer simultanément plusieurs pièces dont les sujets étaient indépendants les uns des autres ; ce qui eut lieu dès le temps d'Eschyle. Et alors, ce qui s'était produit pour la tragédie primitive se passa de nou- veau pour les tragédies de ce second âge, ainsi formées des débris de l'ancienne. Chacune d'elles fut très simple à l'origine, et par suite l'unité d'intérêt y était, pour ainsi dire, éclatante : c'est le cas de la plupart des pièces d'Eschyle.^Tf^anmoms, dès ce temps, le goût delà variété recommença à lutter contre l'habitude de l'unité, tout comme au siècle précédent. L'introduction d'épisodes, tels que celui d'Io par exemple dans le Prométhée en- chaîné ^Q^i un indice de cette sorte de travail intérieur qui se faisait sentir maintenant dans chaque pièce isolément. L'art admirable de Sophocle nous dissimule peut-être ce qui se passa en ce genre autour de lui. Il est certain qu'entre ses mains la tragédie gagna en variété sans compromettre gravement son unité. Cela tenait à la sévé- rité de sa conscience dramatique, associée à un savoir- faire tout à fait supérieur. Encore est-il que, dans l'A- jax, l'unité d'intérêt est conçue manifestement avec une largej^qui étonne les modernes : la seconde partie de la pièce, après la mort du héros, est sans doute le complé- ment de la première, mais elle s'en distingue bien plus ,que les épisodes de cette première partie ne se distinguent les uns des autres. De même, dans VŒdipe à Colone^ s'il est incontestable qu'un objet principal retient l'âme du spectateur jusqu'au dénouement, il faut reconnaître du moins qu[4_^&t^intéret dominant se mêlent d'autres intérêts secondaires qui ne se confondent pas avec lui. On peut conclure de là que, chez la plupart des poètes con- temporains, moins habiles et moins sévères, l'unité d'in- térêt n'avait rien de rigoureux. Et ce qui le prouve clai-

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