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180 CHAPITRE V. — ESCHYLE

Voilà Tœuvre d'Eschyle dans son ensemble^ telle qu'elle nous apparaît aujourd'hui à travers des incer- titudes inévitables. Ajoutons, ppur compléter ceci, qu'en plus de ses tragédies, il avait composé aussi quelques poésies lyriques de circonstance, élégies ou simples épi- grammes, dont il ne subsiste que bien peu de chose ^ L'inscription en vers élégiaques, qui fut mise sur son tombeau à Gela, avait été faite, dit-on, par lui-même : il y parlait avec sa hauteur d'âme naturelle, en soldat et en citoyen, oubliant sa gloire de poète, ou plutôt se fiant à la postérité du soin d'en garder le souvenir :

Eschyle d'Athènes, fils d'Euphorion, est ici couché sans vie sous ce monument, dans la terre féconde de Gela. S'il com- battit vaillamment, le bois sacré de Marathon pourrait le dire et aussi le Mède chevelu, qui en a fait l'épreuve.

III

Toutes les conceptions dramatiques d'Eschyle reposent sur un certain nombre d'idées religieuses et philoso- phiques. Les actions qu'il expose sur la scène sont gou- vernées par des forces divines et accomplies par des pas- sions humaines. Que pense-t-il des dieux ? Quelle opi- nion a-t-il de l'homme ?

Disons-le tout d'abord : si nous réservons le nom de philosophe à celui qui cherche, en dehors de toute tra- dition, avec pleine hardiesse et pleine liberté, l'explica- tion de l'homme et de l'univers, Eschyle n'est point phi- losophe. Les grands penseurs du vi^ siècle et du com- mencement du v° sont Pythagore, Xénophane, Parménide, Heraclite ; Eschyle ne semble pas les connaître, et, en tout cas, sa façon de penser n'a rien de commun avec la leur. Eux, ils se placent directement en face du monde,

1. Bergk, Poet» lyi\ GraRci, II, p. 240.

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