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182 CHAPITRE V.— ESCHYLE

dans les chants de leurs chœurs quelques-unes de ces hautes pensées qui formaient alors le fond commua de la poésie contemporaine; mais c'est Eschyle, à n'en pas douter, qui a su le premier identifier l'action tragique elle-même avec un problème religieux ou moral.

Ce qui fait honneur à son génie philosophique, — il faut bien le comprendre, — c'est donc beaucoup moins la doctrine même que l'emploi qu'il en fait. Dans ses idées théologiques, Eschyle n'a rien de très original. Celles qu'il expose sont en quelque sorte celles de tout le monde autour de lui. N'y cherchons ni beaucoup de variété, ni beaucoup de profondeur. Quatre ou cinq dogmes asaez mal définis, mais affirmés avec une autorité et une puis- sance d'expression qui les imposent de force, voilà en fait toute sa doctrine. C'est par sa forme dramatique, c'est par les passions et les catastrophes dans lesquelles elle se révèle, qu'elle est parfois sublime et toujours émouvante.

De toutes les idées philosophiques d'Eschyle, la plus générale assurément, c'est la notion de la fatalité. Dès le temps d'Homère, nous voyons cette notion étroitement liée à tout le système de la croyance primitive ; d'Homère à Eschyle, elle se répète et s'affirme sans interruption de poète en poète. Eschyle n'est donc que l'interprète d'une conviction ancienne et commune, quand il fait dire à ses chœurs et à ses personnages qu'il y a des décrets éternels, antérieurs à toute volonté divine ou humaine, auxquels tout se conforme de gré ou de force. D'ailleurs rien ne dénote que cette idée ait été plus claire pour lui qu'elle ne Test pour nous, ou qu'il ait jamais cherché à en résoudre les contradictions intimes. C'était à propos de ses tragédies seulement, c'est-à-dire sous une forme particulière et concrète, que ces grandes et obscures idées se présentaient à son esprit. Indifférent par nature au jeu délicat et subtil des discussions métaphysiques^ il ne

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