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184 CHAPITRE V. — ESCHYLE

des spectateurs en soit troublée le moins du monde. L'a peu près joue un rôle décisif dans cette théologie. Consi- dérons d'autre part les Sept et VOrestie, L'effet est le même, mais Tarrangement diffère. Ici, la fatalité s'iden- tifie avec la volonté des dieux et la passion des person- nages : ce sont trois forces confondues en une seule, chacune des trois invoquée à son tour et mise en lumière à son moment, mais toutes tendant au même but. Une sorte de gradation instinctive projette sur chacune d'elles autant de lumière qu'il en faut pour l'effet total. La fata- lité est tout au fond, presque entièrement dans l'ombre, d'autant plus terrible qu'elle est plus mystérieuse; la volonté des dieux, dans une demi-clarté, brusque et in- terrompue ; la passion humaine, au grand jour, sur le devant de la scène. Nous sommes au théâtre, et les ques- tions de philosophie se résolvent ici par des artifices do perspective dramatique.

Ce que nous sentons vivement, c'est que la part de l'influence divine dans l'action des personnages est très grande, quoique impossible à déterminer. Quelquefois, il est vrai, elle se manifeste à découvert, par des comman- dements précis. Des songes divins avertissent la jeune lo de quitter la demeure de son père, l'oracle d'Apollon or- donne à Oreste de tuer sa mère. Et toutefois un doute subsiste encore. Le songe est-il vraiment envoyé par les dieux? L'oracle dit-il bien réellement ce qu'il a semblé dire? De là une demi-obscurité qui enveloppe l'interven- tion divine, alors même qu'elle semble claire. Et combien cette obscurité n'ost-elle pas plus mystérieuse, si les dieux ou la fatalité agissent en silcmce dans l'âme même de l'homme? Lorsque Étéoclc sort pour le duel fratricide où il périra, quel est « ce souffle de la malédiction pater- nelle, » par lequel il se sent poussé, sinon une sugges- tion divine qui attise au fond de son cœur la haine meur- trière? Et de même, quand Oreste et sa sœur Electre

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