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186 CHAPITRE V. — ESCHYLE

sir rinsaisissable, méprisant ou méconnaissant la puis- sance supérieure et tout à coup écrasé par elle. Âppelez-le Phaétonou Actéon, Ixion ou Sisyphe, Glaucos de Potnics ou Cupanée, Agamcmnon ou Prométhée, Xerxès enQn, et, s'il s'agit d'héroïnes, Niobé ou Sémélé, la tragédie, en son fond, est constamment identique à elle-même. A ces sujets, il faut joindre ceux de la légende dionysiaque, qui ont pour héros les Lycurgue ou les Penthée, imprudents trop sûrs do leur raison et punis par un délire meurtrier, mortels qui se rient d'un dieu et qui bientôt sont eux- mêmes en dérision à tous. Ce qui fait la beauté philoso- phique de pareilles tragédies, c'est surtout que les vieilles idées mises en action y prennent une vie extraordinaire grâce aux passions qu'elles suscitent, grâce à l'abon- dance et à 1 énergie sombre des chants où elles retentis- sent incessamment, grâce enfin à la force des situations qui les traduisent en langage dramatique: admirables inventions de poète, non de philosophe à proprement parler. De théorie neuve, il n'y en a pas en tout cela; mais la concentration qui est propre au drame, en rap- prochant les choses, les rassemble sous le regard et on dégage mieux la doctrine. Or Eschyle, qui, par l'imagi- nation, donne un relief si admirable aux situations suc- cessives, n'excelle pas moins à les rattacher les unes aux autres par la fermeté obstinée de la pensée. Nul n'a peint comme lui l'égarement fatal (aTvi) qui pousse l'homme à l'outrage envers les dieux (uêpi;). Nul n'a exprimé la liaison inflexible de ces choses théologîques dans des for- mules plus brillantes et plus terribles à la fois ^

Après la jalousie des dieux, le plus grand fait moral du théâtre d'Eschyle, c'est l'hérédité du crime. Certaines races portent le poids d'une sorte de fatalité sanglante, qu'elles ont reçue d'un ancêtre : les Labdacides dans sa trilogie thébaine, les Atrides dans VOrestie. Si toutefois

1. Voir en particulier Perses, 820-824.

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