Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t3.djvu/20

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s CHAPITRE !•'. — PRIMAUTÉ D'ATHÉNES

des charlatans, ceux qui voulaient répandre leurs idées et ceux qui se proposaient d'en tirer profit. Grâce à ce concours et à la magnificence de l'Etat, les fêtes d'Athènes devinrent splendides autant que variées ^. Jamais encore pareille chose ne s'était vue en Grèce. Toutes les autres cités, même les plus célèbres, semblaient à présent de simples bourgades en comparaison de celle-ci, qui était à elle seule tout un monde ^ Les esprits s'y aiguisaient comme nulle part ailleurs, par le frottement. Entre l'Acropole et le Pirée, on pouvait se faire une expérience morale aussi étendue qu'en voyageant de Milet à Syra- cuse. Et cette expérience était plus fructueuse, parce qu'elle était plus rapide et plus condensée. L'Agora était vraiment le lieu d'où un génie clairvoyant apercevait le mieux la vie humaine dans sa variété superficielle, et par conséquent aussi dans son unité profonde.

D'ailleurs cette ville, ouverte à tous, gardait son carac- tère propre. Quand elle devint le centre du monde grec, elle était assez assurée dans son naturel pour ne plus risquer de le laisser entamer et dissoudre par l'apport confus des mœurs et des idées du dehors. Aussi se forma- t-il dans Athènes au v® siècle un hellénisme athénien, bien supérieur en originalité à l'hellénisme de la période suivante. Dans l'un, les éléments les plus purs du génie grec furent recueillis et mis en œuvre par une ville qui les marqua de son empreinte, comme une belle monnaie d'or à fleur de coin. Dans l'autre, ils coururent le monde, déjà usés et refondus, puis refrappés mollement çà et là, sans unité d'art ni de sentiment.

Institutions et mœurs, tout à la fois faisait ressortir ce caractère propre d'Athènes. Jusqu'à la guerre du Pélo- ponnèse, c'est-à-dire pendant la plus: grande partie du

1 . Thucydide, II, 38.

2« Isocrate, ^n^'cfo^, 299 : Kat çaaiv ol (j.iv tocoOtoi (a6vt)v Etvat TauTT)v

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