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188 CHAPITRE V. — ESCHYLE

des lois n'en était pas au sens absolu que nous attachons à ce mot. On ne croyait pas en Grèce qu'elles fussent éter- nellement appliquées, partout et toujours. Songeons que pour (les Grecs toute conception théologique prenait plus ou moins une forme humaine, c'est-à-dire mobile et con- tingente. 11 a fallu que l'intelligence humaine vécût long- temps dans l'abstraction pour concevoir l'absolu. La né- cessité elle-même, l'avxyzYi, n'était nécessaire pour ces esprits très souples que jusqu'à un certain point. On la proclamait en principe, mais on l'oubliait en fait à cha-. que instant, ou l'on s'arrangeait avec elle, selon leâ besoins de l'imagination. De la sorte, même en ce temps do théo- logie affirmative, une large part pouvait être faite dans le gouvernement du monde aux passions et aux idées contradictoires des dieux; et ceux-ci restaient en somme, malgré des différences sensibles, les dieux d'Homère et d^Ilésiode.

Toutefois, à travers ces notions vagues et ces fortes conceptions mal analysées, une tendance remarquable se laisseentrevoir chez Eschyle, comme chez Pindare, comme chez d'autres poètes, même antérieurs. On éprouvait alors le besoin d'admettre que tout ce qui est divin tend vers une certaine perfection. On sentait que le monde où Ton vivait valait mieux que le monde à demi barbare des ancêtres, que la violence allait diminuant dans l'hu- manité, que ridée d'ordre et de justice se dégageait plus nettement de siècle en siècle. Cette observation, onTappli- quait instinctivement à la mythologie, c'est-à-dire à l'his- toire même des dieux. Parmi les pièces qui nous restent d'Eschyle, il en est quatre sur sept qui portent la trace manifeste de cette tendance. Promélhée enchaîné nous montre un état de lutte violente entre Zous et le plus no- ble des Titans, représentant idéal de Thumanité. Mais déjà, dans ces violences même, nous entrevoyons au loin la certitude d'un apaisement, garanti par la destinée ; et.

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