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STRUCTURE DE SES PIÈGES i99

mouvement régulier. Puis la prière passe à la médita- tion. Là se pressent ces hautes pensées religieuses qui sont familières à Eschyle, mais, dans la bouche de ces jeunes filles épouvantées, leur gravité naturelle se mé- lange d'effroi; ce sont de brèves affirmations que le flot des craintes vient battre et que la foi relève incessam- ment. Le rythme a changé ; Tiambe et le trochée, pieds rapides et inégaux, ont succédé maintenant au dactyle, toujours avec ces notes prolongées qui sans cesse frap- pent Toreille comme la voix même de la douleur. Et à' présent, voici que la crainte reprend le dessus, mais,' cette fois, vive, ardente, presque tumultueuse. Au début de la sixième strophe, toutes les longues sont résolues en brèves : c'est dire que soudain le chant se précipite d'un élan brusque et comme haletant; de courtes périodes, des exclamations mêlées aux paroles, des gestes passion- nés que la poésie décrit et dont elle accentue ainsi la si- gnification, des refrains brefs, par lesquels la masse du chœur répond à Tappel plein d'angoisse des voix qui s'é- lèvent tour à tour dans une sorte de confusion. Pour qui veut lire avec la moindre complaisance d'imagination, en rendant un peu de vie à ce qui est muet, ces change- ments ont quelque chose de saisissant. Qu*on se les re- présente marqués par la musique, par les mouvements et la mimique du chœur, et sans doute on voudra bien y re- connaître de véritables péripéties. Ce n*est là qu'une scène. Mais si Ton suit jusqu'à la fin le développement de cette tragédie, si étrangère à nos habitudes et par là même si instructive, la même variété se révélera partout sous l'uniformité apparente. Le long entretien du roi d'Argos et des suppliantes mérite tout particulièrement à cet égard l'attention du lecteur curieux d'observer dans cet art antique la simplicité des moyens et la justesse des eilets. Autant cet entretien est monotone dans une tra- duction, autant il est varié dans le texte, où les artifices

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